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Mondial-2019: Les Lionnes Indomptables en mission

Dans l’ombre des succès des garçons, les Lionnes Indomptables du Cameroun abordent le Mondial-2019, lundi (21h00) à Montpellier contre le Canada, avec une double ambition: atteindre les quarts de finale et battre au pays le tabou du football pour les filles.

« Le public sait que les Lionnes ne peuvent pas encore se comparer aux Lions, mais se hisser au niveau d’une Coupe du monde est déjà une grande fierté pour les Camerounais », assure à l’AFP le président de la Fécafoot (fédération camerounaise), Seidou Mbombo Njoya.

Leur palmarès n’a pas encore l’éclat de leurs frères: Elles disputent leur deuxième Mondial, après celui de 2015, ils détiennent le record d’Afrique avec sept participations.

De même, si les garçons ont gagné cinq Coupes d’Afrique des Nations, dont trois contre le Nigeria en finale, les filles ont perdu leurs quatre finales de CAN, à chaque fois douchées par les Nigérianes.

Pour leur première mondiale, il y a quatre ans au Canada, elles ont atteint les 8e de finale contre la Chine (1-0).

Le but est donc de faire mieux, mais l’objectif sous-terrain est surtout de crédibiliser leur sport auprès de leurs concitoyennes.

« Chez nous, le football féminin reste un tabou, il faut se l’avouer, explique le sélectionneur, Alain Defrasne Djeumfa. Beaucoup de filles sont handicapées pour jouer au football parce que les amis, les parents et même l’environnement, ne leur permettent pas. »

– « Obligée de travailler avec les garçons » –

« Des résultats dans les grandes compétitions pourront nous apporter sur un plan social, déjà, pour amener vers la pratique du football un grand nombre de jeunes filles », poursuit le coach, nommé en janvier par la nouvelle équipe dirigeante à la tête de la Fécafoot.

Une des meneuses de l’équipe, la latérale de Strasbourg Yvonne Leuko (27 ans), a dû longtemps jouer avec les garçons, du côté de Bafang, au nord de Douala, avant d’être repérée par le coach des U17 d’alors, Carl Enow Ngachu, et de faire toute sa carrière en France, de Montigny à Arras.

L’actuelle joueuse de Strasbourg explique que « c’est plus facile dans les grandes villes, comme à Yaoundé avec l’association « Enfants des Rails » de (sa coéquipière) Gaëlle Enganamouit ou Awa Foot », un des rares clubs avec aussi un centre de formation pour les filles.

« Mais si vous êtes en province, dans les départements, comme on dit chez nous, vous êtes obligée de travailler avec des garçons », poursuit-elle.

Prêcher pour le ballon rond, d’accord, mais « nous sommes des sportives, nous voulons aller le plus loin possible dans la compétition », prévient Yvonne Leuko.


Et les Lionnes sont tombées dans un groupe relevé, avec le Canada, 5e nation mondiale, les Pays-Bas, championnes d’Europe en titre, et la rugueuse Nouvelle-Zélande.

« Nous sommes prêtes, et ce n’est pas un sentiment, c’est une conviction », assène-t-elle.

– « Des amies, des sœurs » –

Yvonne Leuko sait qu’elles n’ont « pas le choix », car la comparaison avec les Lions Indomptables, tenants du titre continental, reviendra vite.

« Oui, c’est le Cameroun de Roger Milla, de Samuel Eto’o, donc il y a une exigence qui ne dit pas son nom », traduit-elle.

Mais la pression d’une double mission n’effraie pas un groupe qui se connaît bien, avec 16 joueuses sur 23 déjà au Canada il y a quatre ans.

Les Lionnes comptent sur « leur force collective, assure le sélectionneur Djeumfa. Ce sont déjà des amies, des sœurs, avec le fighting spirit que les Camerounais ont toujours eu, cela fait de nous une équipe particulière ».

L’ambiance en tous cas est bonne. Les Camerounaises chantaient en cœur dans le bus les emmenant à l’entraînement, au centre de Grammont du Montpellier Hérault.

Jeudi elles avaient été accueillies par les danses de la diaspora camerounaise de l’Hérault, présente à leur hôtel près de la Comédie.

« C’est une façon africaine d’exprimer notre joie, mais de travailler également, précise Yvonne Leuko. Un peu d’amusement, mais après on sait que ce qui nous attend est un peu plus difficile. On fait du bruit, on rigole, mais quand il faut travailler, on s’y met ».

« Nous ne sommes pas des ambianceuses, conclut-elle, nous ne sommes pas là pour faire de la figuration, nos adversaires nous attendent de pied ferme ». Et les footballeuses au pays aussi.



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