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Naufrage de l’Estonia en 1994: dans une mer démontée, le drame en quelques minutes

Tout s’est passé très vite, cette nuit du 27 septembre 1994: en moins de 30 minutes, le ferry Estonia qui reliait Tallinn à Stockholm avec 989 personnes à bord a sombré dans une mer Baltique démontée, faisant 852 morts.

Affrété par la compagnie estonienne Estline, le transbordeur quitte Tallinn le 27 septembre en fin d’après-midi. Il doit rallier la capitale suédoise une quinzaine d’heures plus tard.

Une « importante dépression » est prévue cette nuit-là, note dans son rapport publié en 1997 la commission internationale indépendante chargée d’enquêter sur la pire catastrophe maritime civile jamais survenue en Europe. L’état-major demande donc à ce que les véhicules à bord soient particulièrement bien arrimés.

Au large des côtes finlandaises, le ferry rencontre en effet du gros temps – habituel cependant pour cette période de l’année – avec des vents à près de 95 km/h et des creux de 4 à 6 mètres, voire même 12 m selon certains témoignages recueillis auprès du personnel de bord rescapé.

Deux officiers et un matelot sont en service sur le pont, un mécanicien et un chauffeur en salle des machines quand, vers 01H00, une « secousse » ou « une vibration » selon les versions, puis des « coups étranges » métalliques, « plus forts que des vagues », se font ressentir. Très vite, le bateau commence à gîter, les meubles se déplacent dans les cabines.

Les passagers, parfois à demi vêtus, sortent dans les coursives et courent en tout sens, tentant de monter vers les ponts supérieurs. Ils s’accrochent aux rampes comme ils le peuvent. Certains se blessent en tombant.

« C’était la panique », relate un membre d’équipage auprès des enquêteurs. Au bout d’un moment, du fait de la gîte importante, « même ramper devenait difficile ».

– 94 corps repêchés –


Des ponts supérieurs, on peut entendre les véhicules bouger au-dessous. De l’eau est signalée par l’équipage sur le pont-garage. Les moteurs du bateau s’arrêtent.

Sur le pont supérieur, à l’extérieur, des membres d’équipage distribuent des gilets et tentent de mettre à l’eau autant que faire se peut des canots de sauvetage. Passagers et membres d’équipage sautent ou sont projetés dans une eau à 10 degrés.

Plusieurs rescapés remarquent que le ferry a perdu sa porte escamotable de proue, ouvrant une large voie d’eau au niveau du pont-garage. Une déficience du système de verrouillage de cette porte a permis à l’eau de s’engouffrer extrêmement rapidement sur le pont réservé aux voitures, avait conclu la commission d’enquête internationale.

Le bateau finit par se coucher complètement sur le flan tribord avant de sombrer « en moins de cinq minutes », selon un rescapé interrogé à l’époque par l’AFP.

L’équipage avait juste eu le temps de lancer un SOS, reçu par les garde-côtes finlandais et également intercepté par un ferry croisant à proximité qui se déroute pour porter secours aux survivants. D’autres ferries arrivent dans les heures qui suivent, appuyés par des hélicoptères des garde-côtes.

Les secours parviennent à sauver de la noyade et de l’hypothermie 138 personnes qui seront dirigées vers des hôpitaux finlandais et suédois. L’une d’entre elles succombera cependant peu après.

Au total, 94 corps de victimes, essentiellement suédoises et estoniennes, ont pu être repêchés, mais 757 n’ont jamais été retrouvés, emportés par la mer ou toujours prisonniers de la coque du navire que les autorités scandinaves ont refusé de renflouer, sanctuarisant la zone du naufrage.



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