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Navalny, l’opposant anticorruption déterminé à défier Poutine

Pourfendeur de la corruption des élites russes, orateur charismatique aux idées parfois nationalistes, Alexeï Navalny s’est imposé en tant que premier opposant à Vladimir Poutine et reste déterminé à le défier malgré les séjours en prison, voire des atteintes à sa santé.

L’avocat de 43 ans, condamné la semaine dernière à une nouvelle peine de prison, a été hospitalisé dimanche, officiellement en raison d’une grave réaction allergique dans laquelle ses proches voient un « empoisonnement ».

Ignoré des médias nationaux, non représenté au parlement et inéligible à cause d’une condamnation pour fraude fiscale qu’il qualifie de politique, il est pourtant la voix la plus audible de l’opposition russe.

C’est lui qui mène la contestation contre le rejet des candidatures indépendantes aux élections locales de septembre, qui a provoqué un vent de colère à Moscou et plusieurs manifestations dont la dernière, samedi, s’est soldée par 1.400 arrestations.

En 2017 et 2018, l’année de la dernière élection présidentielle, il avait déjà rassemblé des dizaines de milliers de jeunes dans toute la Russie. Avec son Fonds de lutte contre la corruption, créé en 2012, il s’appuie sur ce point faible de la Russie de Poutine, et du parti au pouvoir, Russie Unie, le « parti des voleurs et des escrocs » selon lui.

Alexeï Navalny, un grand blond aux yeux bleus, multiplie les coups d’éclat en s’en prenant aux plus intouchables : il porte plainte contre le procureur général Iouri Tchaïka, puis contre Vladimir Poutine, fait sur son blog des révélations sur le patrimoine caché de proches du pouvoir, qu’il accuse de corruption.

– Discours nationaliste –

Formé au début des années 1990 à l’université de l’Amitié des peuples à Moscou, passé par le parti d’opposition libéral Iabloko d’où il a été exclu en 2007 pour ses prises de position nationalistes, il n’a eu de cesse de contester la légitimité de Vladimir Poutine, qui cultive une image de défenseur intègre des intérêts de la Russie.

Dès 2007, l’avocat a ferraillé avec le gouvernement en achetant des actions dans des groupes semi-publics comme la compagnie pétrolière Rosneft et le géant gazier Gazprom : arguant de son statut d’actionnaire minoritaire, il exigeait la transparence des comptes.

Mais c’est seulement à la faveur des législatives de décembre 2011, qui vont déclencher une vague de contestation sans précédent, qu’Alexeï Navalny a gagné en notoriété, grâce à son charisme, mais aussi à la virulence de ses prises de parole contre le Kremlin.


En septembre 2013, il obtient son premier succès électoral à l’élection municipale de Moscou. Il crée la surprise en arrivant en deuxième position avec 27%, juste derrière le maire sortant, l’ex-chef de cabinet de Vladimir Poutine Sergueï Sobianine. Ce score le conforte en tant que figure de proue de l’opposition.

Alexeï Navalny a aussi participé au début de sa carrière politique à des rassemblements aux relents racistes tels que la Marche russe, avant de gommer les tonalités nationalistes de ses discours.

Dans un entretien avec l’AFP en 2018, il se disait « fier » de son travail pour relier « les branches traditionnelles de l’opposition en Russie, libérale et soi-disant nationaliste ».

Il dit en garder « des vues conservatrices » sur le plan migratoire, souhaitant l’introduction de visas pour les ressortissants des ex-républiques soviétiques d’Asie centrale, d’où provient une grande partie de l’immigration économique.

– Procès et campagne –

Depuis 2013, ce père de deux enfants a été condamné à des peines de prison avec sursis pour deux affaires de détournement de fonds qu’il juge politiques et qui lui valent d’être déclaré inéligible jusqu’en 2028. Il a multiplié les courts séjours en rétention administrative pour infraction à la législation encadrant les manifestations.

Régulièrement entarté ou couvert de désinfectant indélébile par des inconnus, Alexeï Navalny est souvent le sujet de reportages à charge diffusés aux heures de grande écoute sur des chaînes de télévision publiques.

Rejetant les jugements dans ses procès actuels comme dans les précédents, il a toujours assuré que rien ne viendrait enrayer sa motivation, même les menaces qui pèsent sur sa sécurité et sa famille.

« Je fais de la politique depuis longtemps, je suis souvent arrêté (…), c’est simplement une partie de la vie », relativise-t-il. « Je fais le travail que je préfère, les gens me soutiennent, j’ai de nombreux partisans. Qu’est-ce qui peut rendre un homme plus heureux ? »



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