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Nicaragua: médiation difficile entre le gouvernement et l’opposition

Le gouvernement du Nicaragua et l’opposition peinaient vendredi à s’accorder sur une sortie de crise, le président Daniel Ortega rejetant l’ouverture d’une enquête par des organismes internationaux sur la violence secouant le pays depuis deux mois, avec 165 morts.

La requête a été soumise par les évêques catholiques, qui jouent le rôle de médiateurs, mais le président Ortega – un ex-guérillero de 72 ans, au pouvoir depuis 2007 après l’avoir déjà été de 1979 à 1990 – exige d’abord que les manifestants démontent les barrages installés sur de nombreuses routes du pays.

L’opposition a immédiatement refusé.

« C’est lamentable, déplorable, triste que nous ne puissions parvenir à un accord », car « s’il y a une chose que nous devons soutenir, c’est que la vérité soit connue », a regretté l’évêque auxiliaire de la capitale Managua, Silvio Baez.

Plus tard dans la journée, les évêques devaient présenter aux deux parties leur offre de médiation ainsi que la réponse donnée par le président Ortega – très attendue dans le pays – à leur proposition de réformes de la vie politique, qui inclut l’organisation d’une élection présidentielle anticipée, avant l’échéance de 2021.

Mais la tension reste forte entre les deux camps: au moment même où l’Eglise organisait cette réunion de concertation, des milices paramilitaires progouvernementales menaient l’assaut dans au moins quatre quartiers de Managua et de nouveaux affrontements étaient signalés dans les villes de Juigalpa (est) et Nindiri (sud).

– « Cesser la répression » –

Il faut « stopper la répression de l’Etat du Nicaragua, du gouvernement contre la population, vous avez les armes, vous les avez remises aux paramilitaires », a accusé Sandra Ramos, une des représentantes de l’opposition, à la table des discussions.

« Président, vous avez entre vos mains (le pouvoir) de faire cesser la répression », a plaidé le dirigeant étudiant Lesther Aleman.

Pour le gouvernement, le ministre des Affaires étrangères Denis Moncada a répondu en dénonçant « la sauvagerie inédite » dont souffre le pays, rejetant toute implication de l’exécutif dans la répression.

Vendredi, des milliers de Nicaraguayens ont repris le travail, au lendemain d’une grève générale qui a paralysé le pays, l’un des plus pauvres du continent américain, dans une tentative de l’opposition pour faire plier le président Ortega.

Le mouvement social a encore alourdi le bilan de cette crise, quatre personnes au moins – dont un adolescent de 15 ans – ayant été tuées par balle dans des assauts donnés par les forces anti-émeutes et des milices paramilitaires contre les barricades érigées par les manifestants, selon le Centre nicaraguayen des droits de l’homme (Cenidh).


Ce dernier a relevé son bilan à 165 morts en deux mois. Plus de 1.300 blessés ont été recensés.

– « Pire que la dictature » –

« Nous espérons que du positif sorte du dialogue, pour en finir avec ce massacre et que (Ortega) s’en aille, c’est le sentiment de la majorité des gens », a confié à l’AFP Mario Pérez, réparateur de radiateurs de la capitale.

« Nous avons besoin d’un changement de gouvernement car nous en avons marre », a également témoigné Isidro Obando, 66 ans.

Inquiète pour l’avenir de ses sept enfants et 45 petits-enfants, Argentina Lopez, 74 ans, est du même avis: « Ce que nous vivons, c’est pire que la dictature des Somoza » (1934-1979), soupire-t-elle tout en nettoyant le trottoir face à sa maison.

Héros de la révolution sandiniste de 1979, qui avait renversé la dictature, Daniel Ortega est soumis à une pression croissante, la mobilisation contre lui s’amplifiant.

Il a été lâché par les milieux d’affaires, son principal soutien, et ces dernières semaines le Parlement européen, Amnesty international, l’ONU ou encore la Cour interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) ont dénoncé le zèle des forces de l’ordre.

Déclenchée le 18 avril par une réforme des retraites – depuis abandonnée -, la vague de colère populaire, contre le manque de libertés et la confiscation du pouvoir par Daniel Ortega et son épouse Rosario Murillo, vice-présidente, a été envenimée par la répression des forces de l’ordre.

Et « chaque balle qui tue un jeune dans la rue frappe aussi la discussion et met fin au dialogue », prévient Juan Sebastian Chamorro, de la Fondation nicaraguayenne pour le développement social et économique (Funides).

Si la crise se prolonge, l’ardoise pour le pays pourrait dépasser les 900 millions de dollars, selon la Fondation, qui calcule que le Nicaragua pourrait perdre jusqu’à 150.000 emplois d’ici la fin de l’année.



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