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Nicaragua : reprise du dialogue entre le gouvernement et l’opposition

Le président nicaraguayen Daniel Ortega et l’opposition reviennent mercredi à la table des négociations pour tenter de trouver une issue à la crise politique qui a plongé depuis plus de dix mois le pays dans la crise économique et mis le régime sous pression internationale.

La première rencontre de mercredi sera surtout un round d’observation pour fixer la méthodologie et les conditions du dialogue, a indiqué mardi à l’AFP Azahalea Solis, membre de la délégation de l’Alliance civique pour la justice et la démocratie (ACJD, opposition).

La délégation de l’opposition (entreprises, étudiants, paysans et organisations de la société civile) proposera la participation de « garants internationaux » tels que l’Organisation des Etats américains (OEA) et l’ONU, a avancé Azahalea Solis.

De son côté, le gouvernement n’a pas révélé quelles seront ses propositions, même si le président Ortega, en annonçant la reprise du dialogue, a insisté sur la nécessité de redresser l’économie, mise gravement à mal par la crise.

La vice-présidente Rosario Murillo, également épouse de Daniel Ortega, a quant à elle souhaité mardi « que les conversations (…) se déroulent en pensant au bien de tous ». « Nous prions pour la restauration entière de la fraternité et de la paix au Nicaragua », a-t-elle dit.

– Politico-mystique –

Employant le registre politico-mystique qui lui est coutumier, Mme Murillo a appelé à « laisser en arrière les dures expériences, en apprenant de celles-ci, en arrachant et en éloignant de nos vies les sentiments négatifs » pour « vivre avec amour et espérance ».

Mardi soir, aucune précision n’avait été donnée sur les modalités, le lieu et l’heure de la reprise des négociations, neuf mois après que le gouvernement eut mis fin à la première série de discussions, entamées avec la médiation de l’Eglise catholique.

La crise, qui a commencé le 18 avril 2018 par des manifestations contre le gouvernement, a fait plus de 325 morts, pour la plupart dans les rangs de l’opposition, selon les organisations de défense des droits de l’homme.


L’ancien guérillero Daniel Ortega, âgé de 73 ans, a dénoncé une tentative de putsch de l’opposition avec le soutien de l’Eglise et de Washington. Les opposants, qui l’accusent d’avoir instauré une dictature, réclament son départ ainsi que celui de son épouse, des réformes politiques et la convocation de nouvelles élections avant le terme prévu de 2021.

Daniel « Ortega a accepté de reprendre le dialogue parce que la résistance civile continue fermement, à cause de son isolement international et de la situation (de crise) au Venezuela, et parce que l’économie est en chute libre », selon Azahalea Solis.

Le PIB a reculé en 2018 de 4% tandis que plus de 300.000 emplois ont été perdus. Les chefs d’entreprise anticipent pour cette année une chute allant jusqu’à 11%, provoquant une contraction encore plus sévère de l’emploi. De son côté, le gouvernement prédit cependant une baisse de seulement 1% de l’activité économique en 2019.

Outre des centaines de morts, plus de 700 opposants ont été jetés en prison lors de la répression et des dizaines de milliers de Nicaraguayens ont pris le chemin de l’exil. Les médias indépendants ont aussi été la cible de harcèlement, de menaces et d’arrestations. Le journaliste nicaraguayen Miguel Mora, propriétaire de la chaîne d’informations 100% Noticias, fermée par le gouvernement, a entamé une grève de la faim pour protester contre ses conditions de détention, a annoncé mardi son avocat.

– Les prisonniers pour enjeu –

Pour l’ancien commandant de la guérilla sandiniste Luis Carrion, passé à l’opposition au régime, Daniel Ortega va « utiliser les prisonniers (politiques) comme otages et enjeu de négociation ».

Les opposants ont en effet fixé leurs priorités : « libération des prisonniers politiques, liberté d’expression et de manifestation, et élections anticipées », a détaillé Azahalea Solis. L’opposante a cependant exprimé son scepticisme, en soulignant que « le dialogue commence dans une mauvaise ambiance car les arrestations, les enlèvements et les intimidations continuent ».

C’est une « négociation complexe et très risquée », avertit Luis Carrion. Daniel Ortega « ne recherche pas de bonne foi une vraie solution à la crise. Son objectif est de (…) briser son isolement et d’éviter les sanctions internationales, pour préserver son pouvoir et se maintenir à la présidence jusqu’en 2021 », selon l’ancien commandant de la guérilla sandiniste.



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