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Nicaragua : une 2e journaliste critique du régime d’Ortega accusée de « terrorisme »

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Une deuxième journaliste de la chaîne d’informations nicaraguayenne 100% Noticias, critique du gouvernement contesté de Daniel Ortega, a été accusée dimanche de « terrorisme », « incitation à la haine » et placée en détention.

Le parquet de Managua a accusé Lucia Pineda de « provocation, incitation et conspiration à commettre des actes terroristes » ainsi que d’incitation à la haine « envers l’institution de l’ordre public, la police nationale », selon un communiqué publié par la présidence de la République.

Les juges estiment notamment que la journaliste a diffusé « des informations fausses et non corroborées à la télévision et sur les réseaux sociaux, dans le but de générer une angoisse et une haine radicales à l’égard des partisans et des membres du parti » au pouvoir, le Front sandiniste de libération nationale (FSLN).

100% Noticias, fermée par le gouvernement qui accentue sa pression sur l’opposition et les médias indépendants, est une chaîne du câble qui transmet 24 heures sur 24. Elle a été l’un des médias en pointe dans la couverture de la crise que traverse le Nicaragua depuis le début des manifestations antigouvernementales le 18 avril, dont la répression a fait au moins 320 morts, selon des ONG.

Samedi, un premier journaliste, Miguel Mora, propriétaire de cette chaîne, avait déjà été accusé de « conspiration » et « terrorisme », après avoir été harcelé et menacé pendant plusieurs semaines. Il a été conduit en prison après sa comparution au palais de justice, menotté dans le dos et vêtu d’un uniforme bleu de prisonnier, encadré par des policiers cagoulés et armés de fusils.

Lucia Pineda, directrice de la rédaction de 100% Noticias, a été placée en détention dans la prison de haute sécurité d’El Chipote, dans le centre de la capitale Managua. Le début de son procès a été fixé au 25 janvier.

– « Affront » –

La journaliste a été conduite au tribunal 36 heures après son arrestation vendredi soir quand la police a pris possession des locaux de la chaîne, a déclaré à l’AFP l’avocat Pablo Cuevas, responsable de la Commission permanente des droits de l’Homme (CPDH). La presse n’a pas eu accès à l’audience et sa famille n’a pas été informée.

Les abords du complexe judiciaire étaient placés dimanche sous haute surveillance de la police anti-émeute.


Le consulat du Costa Rica, dont Lucia Pineda, âgée de 45 ans, détient également la nationalité, a annoncé qu’il fournirait un « suivi » et une « assistance consulaire » à la journaliste.

Le ministère des Affaires étrangères costaricien a, de son côté, exprimé dans un communiqué son « rejet de ce type de jugement sommaire contre la journaliste, qui devient un affront et un signe supplémentaire d’hostilité envers la presse indépendante » au Nicaragua.

Depuis huit mois, les troubles ont fait plus de 320 morts, tandis que plus de 600 manifestants ont été jetés en prison, dont plus de la moitié ont déjà été condamnés à de lourdes peines pour « terrorisme ».

Le président Daniel Ortega, de plus en plus isolé sur la scène internationale, accentue la pression sur son opposition interne en s’en prenant aux défenseurs des droits de l’homme, aux médias indépendants et aux organisations de la société civile.

Accusés d' »ingérence », les fonctionnaires de deux missions de la Commission interaméricaine des droits de l’Homme (CIDH) ont été expulsés jeudi, alors que les condamnations internationales des attaques du pouvoir contre son opposition se font de plus en plus vives.

L’ancien guérillero Daniel Ortega, 73 ans, confronté dans tout le pays à des manifestations massives réclamant son départ – du 18 avril jusqu’à leur écrasement dans le sang au début de l’été – refuse de démissionner ou d’avancer les élections, et a mis fin au dialogue qui s’était noué sous les auspices de l’Eglise catholique.

Daniel Ortega, au pouvoir depuis 2007, est accusé par ses opposants d’avoir monté avec son épouse Rosario Murillo un régime népotiste et corrompu.

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