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Nigeria: les déplacés par Boko Haram croient toujours en Buhari pour rentrer chez eux

Idriss Abdullahi était autrefois un petit chef d’entreprise prospère et le mari de quatre femmes, jusqu’au jour où les insurgés de Boko Haram ont pris le contrôle du nord-est du Nigeria, le forçant à quitter son foyer.

Cela fait cinq ans maintenant qu’il vit sous une tente, dans un camp installé dans le village de Malkohi, non loin de Yola, la capitale de l’Etat de l’Adamawa.

L’homme tente de joindre les deux bouts en revendant du bois de chauffe mais ses revenus sont si maigres qu’il a du se séparer de l’une de ses épouses.

« Même les animaux vivent mieux que nous », dit-il à l’AFP, dans ce camp qui accueille 2.800 déplacés de la ville de Gwoza, dans l’Etat voisin du Borno, que les jihadistes ont mis à sac en 2014 et avait déclaré capitale de leur califat.

Le conflit a fait plus de 27.000 morts depuis 2009 et plus de 1,8 million de personnes ne peuvent toujours pas regagner leur foyer.

Le président Muhammadu Buhari, en lice pour un second mandat pour les élections reportées à samedi, a été élu en 2015 sur la promesse d’éradiquer le groupe.

Si Boko Haram a été affaibli et son califat démantelé, les insurgés continuent à mener des offensives et à déstabiliser la région. Des dizaines, voire des centaines de soldats ont été tués ces récents mois, et des dizaines de milliers de personnes ont du retourner dans des camps pour se protéger.

Les déplacés de Malkohi ne peuvent toujours pas rentrer chez eux. En 2015, le groupe a même commis un attentat juste à l’entrée du camp. Mais leur soutien à l’ancien général Buhari ne faiblit pas.

Après tout, assure M. Abdullahi, « c’est lui qui nous a sauvé la vie ».

Un sentiment partagé par la grande majorité des déplacés du Borno: autant de voix électorales qu’il ne faut pas négliger.

– Bureaux de vote –


400.000 personnes déplacées auront la possibilité de voter, samedi, dans une dizaine d’unités électorales dispersées dans l’Etat du Borno.

Dans l’Adamawa aussi, de nombreux camps seront équipés de bureaux de vote.

Etat d’origine du principal candidat de l’opposition, Atiku Abubakar, l’Etat de l’Adamawa, ses habitants et ses déplacés, se sentent oubliés.

« Jusqu’à présent on n’a pas d’hôpital », raconte Fanta Ali, résidente du camp. « Avant, des humanitaires nous donnais des médicaments, on recevait de l’aide du gouvernement, des politiciens, mais maintenant, plus rien. »

Dans le camp de Malkohi, les enfants aux pieds nus courent après les poules entre les rangées de cabanes brinquebalantes.

Les abris de fortune sont recouverts de bâches offertes par des agences humanitaires, qui ont également installé une réserve d’eau.

Les habitants de Gwoza, ville commerçante frontalière avec le Cameroun étaient relativement riches avant le début du conflit et plutôt prospères.

A Malkohi, ils font des petits boulots à droite à gauche pour survivre. « Franchement, on souffre », lâche à l’AFP Abdulrahman Hassen, autrefois directeur de l’association des commerçants de Gwoza et maintenant employé de ferme.

Retourner dans leur ville d’origine, où Boko Haram maintient une forte présence, est un rêve encore bien lointain, et, faire en sorte qu’ils le puissent, sera l’une des priorités pour le prochain président du Nigeria.

« Sous Buhari, beaucoup des villages qui avaient été envahis par Boko Haram n’ont toujours pas été libérés », reconnaît Yunussa Takda, leader pour la jeunesse de Malkohi. « Mais si on lui donne une deuxième chance, peut-être qu’il y arrivera, enfin ».

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