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ONU/Libye: crainte d' »une guerre longue », débat sur une séparation des belligérants

L’émissaire de l’ONU pour la Libye, Ghassan Salamé, a craint mardi « le début d’une guerre longue et sanglante » devant le Conseil de sécurité qui a débattu ensuite à huis clos de la possibilité d’établir une ligne séparant les belligérants.

Lancée le 4 avril par les troupes de l’homme fort de l’est du pays, le maréchal Khalifa Haftar, la bataille pour Tripoli « pourrait conduire à la division permanente du pays », a averti Ghassan Salamé. « La Libye est sur le point de tomber dans une guerre civile », a-t-il ajouté, en exhortant le Conseil de sécurité à stopper le flot d’armes arrivant dans le pays.

Selon des diplomates, lors de discussions à huis clos tenues après la réunion publique, l’idée à l’origine française de séparer aux abords de Tripoli les belligérants en établissant un « couloir » a été évoquée. Dans ce cadre, chaque partie serait amenée « à reculer » et la ligne de délimitation créée serait garantie par un mécanisme international à définir, a précisé un diplomate.

Début mai, le président français Emmanuel Macron avait proposé une « délimitation de la ligne de cessez-le-feu, sous supervision internationale », lors d’une rencontre à Paris avec le Premier ministre libyen Fayez al-Sarraj. Emmanuel Macron avait par la suite rencontré son adversaire, Khalifa Haftar.

Aujourd’hui, les positions militaires des deux camps sont figées et plusieurs livraisons d’armements ont été signalées récemment en dépit de l’embargo sur les armes décrété par l’ONU pour ce pays depuis 2011.

Le maréchal Haftar est notamment soutenu par les Emirats arabes unis et l’Egypte. A l’inverse, la Turquie et le Qatar lui sont hostiles et appuient les forces loyales au Gouvernement d’union nationale (GNA) de Fayez al-Sarraj, reconnu par la communauté internationale et basé à Tripoli.

Face au conflit, le positionnement des Occidentaux, Etats-Unis en tête, et de la Russie reste ambigu. Si tous les membres du Conseil de sécurité ont fait mardi publiquement assaut de compliments pour soutenir Ghassan Salamé, la réunion à huis clos n’a pas permis d’y voir beaucoup plus clair sur qui soutient qui, selon un diplomate ayant assisté aux discussions.

Côté américain, un entretien téléphonique à la mi-avril entre le président Donald Trump et Khalifa Haftar a provoqué des spéculations sur le camp choisi par Washington. Côté russe, Moscou a affiché son soutien au maréchal Haftar.

– « Farce cynique » –


En séance publique, Ghassan Salamé a vivement déploré que des armements arrivent en masse en Libye. Sans les citer nommément, il a souligné que « des pays alimentaient ce conflit sanglant ». « Les Nations unies doivent y mettre un terme », a-t-il exhorté. « Sans un mécanisme robuste pour le faire appliquer, l’embargo sur les armes en Libye va devenir une farce cynique », a-t-il insisté.

A huis clos, le sujet n’a guère été abordé, selon un diplomate s’exprimant sous couvert d’anonymat. « Le plus important, c’est d’arrêter les flux d’armement, mais personne ou presque n’en a parlé », a-t-il déploré.

Interrogé par l’AFP à l’issue de ce huis clos pour savoir s’il était encouragé par ses entretiens avec les 15 membres du Conseil, Ghassan Salamé a répondu par l’affirmative. Le visage fermé, il a cependant refusé de répondre à des questions sur l’unité du Conseil de sécurité. Il y a quelques semaines, l’émissaire de l’ONU avait critiqué les approches divergentes de la communauté internationale qui n’a pas réussi en avril à s’entendre sur une résolution britannique réclamant un cessez-le-feu.

Selon l’Organisation mondiale de la santé, le conflit a fait 510 morts et 2.467 blessés. Plus de 75.000 personnes ont aussi été obligées de fuir et plus de 100.000 personnes sont prises au piège des combats aux abords de Tripoli, d’après l’ONU.

En séance publique, Ghassan Salamé a asséné qu’il « n’y avait pas de solution militaire en Libye » et qu’il était indispensable d’avoir « une cessation des hostilités » avec un « retour à un processus politique sous l’égide de l’ONU » pour sortir le pays de la guerre.

« Aucun camp ne peut l’emporter par la force », a abondé l’ambassadeur français, François Delattre, en soulignant que « l’urgence était face au risque d’escalade d’établir un cessez-le-feu sans préconditions » s’appuyant sur un mécanisme international « pour être crédible ».

« Toutes les parties doivent rejoindre la médiation de l’ONU », a affirmé l’ambassadeur américain Jonathan Cohen. La Russie, qui refuse que le maréchal Haftar soit tenu responsable de la dégradation de la situation, a souligné « la nécessité de travailler avec toutes les parties sans en privilégier une ».



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