International › AFP

Pakistan: la chrétienne Asia Bibi acquittée à la grande fureur des islamistes

Pas d'image

La Cour suprême du Pakistan a acquitté mercredi en appel la chrétienne Asia Bibi, condamnée à mort pour blasphème en 2010, suscitant la fureur des milieux religieux qui sont immédiatement descendus dans la rue.

« Elle a été acquittée de toutes les accusations », a déclaré le juge Saqib Nisar lors de l’énoncé du verdict mercredi matin, ajoutant que Mme Bibi, qui se trouve actuellement incarcérée dans une prison à Multan (centre), allait être libérée « immédiatement ».

L’avocat de Mme Bibi, Saif-ul-Mulook, a aussitôt appelé sa cliente au téléphone pour lui annoncer la nouvelle depuis le tribunal.

« Avez-vous entendu que vous êtes un être humain libre à présent ? Vous pouvez prendre votre envol et aller où vous voulez », lui a-t-il dit en présence d’un journaliste de l’AFP.

« Quoi ? vraiment ? Je ne sais pas quoi dire. J’avais rêvé que les murs de la prison s’effondrent », lui a-t-elle répondu avant de se répandre en remerciements.

« Je n’arrive pas à croire ce que j’entends. Je vais sortir ? Ils vont vraiment me laisser sortir ? », a-t-elle ensuite dit au téléphone à l’AFP.

En pratique, la libération de Mme Bibi pourrait prendre plusieurs jours en raison de procédures administratives, a indiqué l’avocat.

On ignore dans l’immédiat ce qu’il adviendra d’elle après sa sortie de prison alors que sa vie et celle de ses proches pourrait être menacée par des extrémistes.

« Justice a été rendue, c’est une victoire pour Asia Bibi. Le verdict montre que les pauvres, les minorités et la fraction la plus modeste de la société peuvent obtenir justice dans ce pays en dépit de ses défauts », s’est encore félicité l’avocat.

Les fondamentalistes en revanche se sont insurgés contre le verdict et sont descendus par milliers dans la rue en différents endroits du pays, bloquant des routes, brûlant des pneus et criant des menaces et des slogans hostiles aux juges et à Asia Bibi.

Ils se sont pour la plupart dispersés en fin de journée après avoir annoncé de nouvelles manifestations pour vendredi. Quelques centaines d’entre eux continuaient cependant de bloquer un échangeur autoroutier près d’Islamabad.

« Cette décision envers une blasphématrice n’est pas de bon augure pour le pays », a estimé Maulana Abdul Aziz, imam de la Mosquée rouge, haut lieu de l’islam radical à Islamabad.

« C’est une décision extrêmement injuste, cruelle, totalement détestable contre la shariah », a-t-il dit à l’AFP.

Dès mercredi matin, la capitale avait été placée sous haute sécurité, avec des barrages sur les routes notamment à proximité des quartiers où vivent les magistrats et la communauté diplomatique, a constaté l’AFP. Certaines écoles ont été fermées.


– Rencontres avec le pape –

, mère de famille illettrée, avait été condamnée à la peine capitale à la suite d’une dispute avec des musulmanes au sujet d’un verre d’eau.

Son cas avait eu un retentissement international, attirant l’attention des papes Benoît XVI et François. L’une de ses filles a rencontré ce dernier à deux reprises.

Au Pakistan même, l’histoire de cette chrétienne d’origine modeste divise fortement l’opinion.

Le blasphème est un sujet extrêmement sensible dans ce pays très conservateur où l’islam est religion d’Etat. La loi prévoit jusqu’à la peine de mort pour les personnes reconnues coupables d’offense à l’islam.

Des appels à changer cette législation ont souvent donné lieu à des violences et ont été rejetés. Le nouveau Premier ministre pakistanais Imran Khan, durant la dernière campagne électorale, avait déclaré soutenir inconditionnellement la loi.

La Première ministre britannique Theresa May a pour sa part noté mercredi que la libération de Mme Bibi « sera une très bonne nouvelle pour sa famille et tous ceux (…) qui ont fait campagne pour elle ».

Elle a rappelé que la Grande-Bretagne recommande par principe « l’abolition » de la peine de mort dans le monde entier.

– « Pas rester au Pakistan » –

Un ancien gouverneur du Pendjab, Salman Taseer, qui avait pris la défense d’Asia Bibi, avait été abattu en plein coeur d’Islamabad en 2011 par son propre garde du corps. L’assassin, Mumtaz Qadri, a été pendu début 2016.

Les défenseurs des droits de l’homme voient en Asia Bibi un emblème des dérives de la loi réprimant le blasphème au Pakistan, souvent instrumentalisée, selon ses détracteurs, pour régler des conflits personnels.

« Asia ne peut pas rester (au Pakistan) avec la loi » sur le blasphème, avait estimé son mari Ashiq Masih, accueilli à Londres par l’ONG catholique Aide à l’Église en détresse (AED) et interrogé le 13 octobre par l’AFP.

« Je serai très heureuse le jour où ma mère sera libérée, je la prendrai dans mes bras, je pleurerai de la retrouver », avait de son côté souligné sa fille Esham.



0 COMMENTAIRES

Pour poster votre commentaire, merci de remplir le formulaire

À LA UNE
Retour en haut