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Pakistan: un hashtag appelant à « arrêter » les journalistes trop critiques embrase Twitter

Un hashtag appelant à l’arrestation de journalistes critiques du gouvernement et de l’armée est devenu brièvement le plus utilisé sur Twitter jeudi au Pakistan, aggravant les inquiétudes quant à un accroissement de la censure des médias dans le pays.

#ArrestAntiPakJournalists (Arrêtez les journalistes anti-Pakistan), a chuté à la deuxième place des tendances sur Twitter dans la soirée, après avoir été employé plus de 32.000 fois à 20H30 (15H30 GMT).

De nombreux utilisateurs l’ont accompagné d’une photo de journalistes et de présentateurs de télévision éminents, dont certains critiquent régulièrement le parti Tehreek-e-Insaf (PTI) du Premier ministre Imran Khan et la puissante armée.

Les journalistes « aboient continuellement contre l’armée et il est temps de les pousser aussi en prison », a tweeté un internaute, tandis que d’autres les qualifiaient de « voleurs », de « prostituées » ou « d’ennemis de l’Etat », un utilisateur appelant à les « pendre tous ».

Critiquer les militaires est perçu comme un ligne rouge au Pakistan, journalistes et blogueurs se plaignant d’intimidations s’ils la franchissent. Des cas d’enlèvements, de passages à tabac et même d’assassinats ont été recensés.

L’année dernière, le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a déclaré dans un rapport que l’armée avait « discrètement, mais efficacement, imposé des restrictions à l’information », ce que celle-ci nie.


Le hashtag #ArrestAntiPakJournalists a été « fabriqué » par des groupes pro-PTI et ne reflète pas « la véritable opinion publique », a estimé Shahzad Ahmed, dirigeant du groupe de défense des droits numériques Bytes for All.

« Il y a des groupes organisés qui sont à l’origine de ces tendances… ce qui est un phénomène très dangereux dans notre pays pour la liberté d’expression et la liberté individuelle », a-t-il déclaré à l’AFP.

Le présentateur Hamid Mir était particulièrement visé sur Twitter, où il s’était indigné il y a deux jours de « restrictions croissantes à la liberté d’expression », après que son interview avec l’ex-président Asif Zardari, aujourd’hui leader de l’opposition, eut été brutalement interrompue peu après son lancement.

« C’est facile de comprendre qui l’a arrêtée, non ? », avait-il écrit. « Nous ne vivons pas dans un pays libre ».

M. Mir avait été grièvement blessé en 2014 lors d’une attaque par balles qu’il avait à l’époque imputée à l’ISI, la plus puissante des agences de renseignement militaires.



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