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Philippe Martinez (CGT), un « réformiste contestataire » ambigu avec les « gilets jaunes »

Philippe Martinez, reconduit vendredi à la tête de la CGT, se revendique « réformiste » et « contestataire », multipliant appels à mobilisation et politique de la « chaise vide ». Ambigu avec les « gilets jaunes », il a été forcé cette semaine par les cégétistes à une « convergence des luttes ».

« Nous avons tous un but commun : changer ce monde où les inégalités s’accroissent, où les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres », a-t-il lancé aux militants vendredi, lors de son discours de clôture du congrès de Dijon.

Ce quasi-sexagénaire (58 ans) a recueilli 90,65% des suffrages exprimés à l’issue de cette grand-messe plombée notamment par la perte de vitesse de la CGT au profit de la CFDT.

C’est en 2015, au moment où il dirige la puissante fédération de la métallurgie, que Philippe Martinez est élu numéro un de la CGT, après le départ de Thierry Lepaon, empêtré dans un scandale sur son train de vie.

Le secrétaire général réussit tant bien que mal à ressouder les rangs, à force de journées de mobilisation et de coups de gueule contre l’exécutif.

Dès 2015, il boycotte une « conférence sociale » organisée par François Hollande, renouvelant l’exercice avec Emmanuel Macron, « président des ultra-riches ». Refusant de participer au grand débat, il boude une rencontre à Matignon, jugeant que l’exécutif ne répond pas « à la colère du monde du travail ».

Lui préfère les grèves et manifestations, comme ce 9 mai pour protester contre la réforme dans la fonction publique.

Mais depuis le retrait du contrat première embauche (CPE), en 2006, les syndicats ont rarement réussi à se faire entendre.

Philippe Martinez ne fait pas exception. Après des dizaines de journées de mobilisations nationales, il échoue à faire retirer la loi travail (2016), les ordonnances réformant le Code du travail (2017) ou encore la réforme de la SNCF (2018).

Il impute ces échecs aux divisions syndicales, quand ses pairs de la CFDT, de FO ou de la CFE-CGC lui reprochent de jouer solo, en décidant seul des dates de mobilisation ou de mots d’ordre « fourre-tout ».


– « Le syndicalisme est réformiste » –

Respecté en interne, mais perçu comme très autoritaire, le discours parfois hésitant, l’humour grinçant, le leader de la CGT porte des propositions constantes depuis son arrivée, qui tranchent avec le discours ambiant, comme la semaine de 32 heures, un Smic à 1.800 euros brut mensuels (contre 1.521 euros actuellement) ou la retraite à 60 ans.

Il se revendique « réformiste », s’agaçant d’entendre que seule la CFDT l’est. « Par essence, le syndicalisme est réformiste, à condition qu’on se mette d’accord sur ce qu’est une réforme. La casse du Code du travail, ce n’est pas une réforme. La semaine de 32 heures, c’est une réforme », relève le leader.

Homme de terrain, il boude les réseaux sociaux: « Un compte Twitter pour quoi faire ? C’est pour la communication de Macron, ça ! La meilleure com’, c’est la poignée de main ! », tranche ce technicien, qui a fait toute sa carrière à Renault Boulogne-Billancourt, intégré en 1982.

Né le 1er février en 1961 à Suresnes (Hauts-de-Seine), ce fils d’immigrés espagnols – une mère femme de ménage et un père brigadiste pendant la guerre d’Espagne – a démissionné en 2002 du Parti communiste, dont il conserve des « idéaux » et un discours appuyé sur la « lutte des classes ».

Sa position vis-à-vis du mouvement des « gilets jaunes » apparaît ambiguë. Refusant d’abord tout rapprochement, il finit par lancer un appel à une journée commune en février, puis refuse de s’associer à une action fin avril pourtant organisée par des syndicats CGT.

A Dijon, il affronte de vives critiques de militants ne comprenant pas que la CGT ne s’associe pas à ce mouvement. Lui nie être « mal à l’aise ».

Et rêve que la CGT « regagne » sa première place, vivant comme un « électrochoc » le fait d’avoir été doublé par la CFDT.



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