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Philippe ouvre « un nouvel espace de dialogue avec la Russie » en recevant Medvedev

« Ouvrir un nouvel espace de dialogue politique »: Edouard Philippe a reçu lundi dans sa ville du Havre son homologue Dmitri Medvedev afin de renouer le fil avec la Russie, après plusieurs années de différends et sanctions réciproques.

« Le président de la République Emmanuel Macron a considéré que la qualité du dialogue et de la relation bilatérale franco-russe gagnerait si nous pouvions créer de nouveaux espaces de dialogue », a plaidé le Premier ministre français lors d’une conférence de presse commune dans la ville dont il fut le maire de 2010 à 2017.

« Geler des canaux de communication, c’est la pire voie de toutes. Dans le monde actuel, la situation est pire que lors de la guerre froide. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas de communication », a abondé M. Medvedev, invité pour une après-midi de consultations et de visites, avant un dîner de travail à huis clos en Normandie.

Au menu: les grands dossiers internationaux, en premier lieu l’Iran, même si leur règlement se déroule au niveau des chefs d’Etat. Philippe a dit partager avec son homologue russe « l’importance d’éviter les dérapages et de favoriser la désescalade », ce qui passe « essentiellement par du dialogue », là-aussi.

Cette volonté de dialogue porte d’abord sur les relations bilatérales franco-russes qui évoluent sur courant alternatif depuis l’annexion de la Crimée et le soutien de Moscou aux séparatistes de l’Est de l’Ukraine en 2014. Les séminaires intergouvernementaux, qui réunissaient les ministres des deux pays, sont gelés depuis la 18e édition en 2013.

Sur ce sujet, M. Philippe a « appelé le chef du gouvernement russe à se saisir du nouveau contexte politique en Ukraine », à la suite de l’élection du nouveau président Volodymyr Zelensky. Malgré les tensions, le chef du gouvernement français a récusé « l’idée selon laquelle la France et la Russie ne se parleraient pas. Cette musique ne correspond à rien », a-t-il assuré après avoir échangé plus d’une heure avec M. Medvedev à l’Hôtel de Ville du Havre.

– « Dynamiser » les relations –

Emmanuel Macron, qui peu après son élection en 2017 avait reçu le président Vladimir Poutine à Versailles pour la dernière visite de haut niveau russe sur le sol français à date, a récemment plaidé pour réenclencher « une discussion stratégique » et « rebâtir une nouvelle grammaire de confiance et de sécurité » avec Moscou.


Une main tendue qui intervient alors que la France accueille fin août à Biarritz le sommet du G7, autrefois G8 avant l’exclusion de la Russie.

Signe de la détente que Paris tente d’initier, conjointement avec Berlin, le soutien apporté pour éviter une sortie de la Russie du Conseil de l’Europe. Un dénouement est d’ailleurs attendu cette semaine dans cette crise.

Davantage présentée comme une prise de contacts, après un entretien téléphonique le 10 mai, la rencontre entre MM. Philippe et Medvedev, ponctuée d’une visite de l’exposition consacrée au peintre havrais Raoul Dufy, ou de l’emblématique bibliothèque conçue par Oscar Niemeyer, ne devait déboucher sur aucune annonce d’importance. Elle offre plutôt l’occasion d’aborder une brassée de sujets, notamment économiques, alors que la France reste le premier employeur étranger en Russie grâce à l’activité de quelques grands groupes (Auchan, Renault…).

« Des marges de manoeuvre, il y en a » pour « dynamiser » ces relations, a insisté M. Philippe.

Le cas sensible de l’homme d’affaires français Philippe Delpal et celui de Gurvan Le Gall, un professeur de français originaire du Havre, se sont également invités dans la conversation, mais de manière prudente.

Gurvan Le Gall, enseignant en Russie, est actuellement jugé pour avoir voulu corrompre des policiers en raison d’un défaut d’enregistrement administratif, et placé à l’isolement. Philippe Delpal, co-fondateur d’un des principaux fonds d’investissements étrangers en Russie, Baring Vostok, est lui emprisonné, dans l’attente d’un éventuel procès pour fraude impliquant cinq autres personnes.

« J’ai indiqué quelle avait été l’émotion suscitée par ces cas », a déclaré le locataire de Matignon. Si M. Medvedev a assuré avoir « entendu les préoccupations » de M. Philippe, il a aussi balayé la question en rappelant que ces situations « relèvent du système judiciaire » russe.



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