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Politique, justice et crise anglophone en couverture des journaux camerounais

Le discours présidentiel de dimanche soir à la jeunesse à l’occasion de sa Fête nationale, dans une atmosphère de chaos dans les régions anglophones ainsi que les malheurs judiciaires d’un ancien ministre de la Défense, constituent l’essentiel des préoccupations des journaux camerounais parus mardi.Avec pour titre principal «Zone anglophone : le 11 février dans la casse», La Nouvelle Expression rapporte qu’au moins 5 personnes ont trouvé la mort la veille dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, une célébration de la Fête de la jeunesse à l’épreuve de «l’opération blocus» décrétée par les sécessionnistes.

Les «villes mortes» se durcissent dans les régions anglophones, soupire Mutations, la première semaine d’inactivités décidée par les séparatistes ayant été marquée par des échanges de tirs, meurtres, assassinats et incendies des édifices publics.

Et The Median de décrire de véritables scènes de guerre et d’horreur, pendant lesquels rien ni personne n’est épargné que l’on soit du côté des «Ambazoniens» ou de l’armée régulière.

C’est lors de l’un de ces drames, conviennent Émergence et L’Indépendant, que quatre malades ont trouvé la mort, dans la nuit de dimanche à lundi, pendant l’incendie manifestement criminel qui a ravagé l’hôpital de district de Kumba (Sud-Ouest).

Les activités de la Journée nationale des jeunes ont néanmoins pu se dérouler dans les deux régions en crise, rassure The Guardian Post, pour qui le pouvoir, en dépit de l’insécurité, a tenu à démontrer qu’il n’avait pas perdu la main face aux sécessionnistes.

Photo à l’appui, The Median présente le défilé du 11-Février à dans la cité balnéaire de Limbe (Sud-Ouest), où l’on aperçoit un carré d’élèves en tenue de classe, conduits par leur enseignant, passant devant une tribune officielle clairsemée.

L’enthousiasme de la jeunesse, lors de la dernière élection présidentielle, était, estime Mutations, l’un des sujets sur lesquels le président de la République s’est exprimé, le 10 février dernier, en prélude à la Fête consacrée à cette tranche de la population.

À la dernière élection présidentielle, renchérit le quotidien à capitaux publics Cameroon Tribune, on a ainsi vu plusieurs candidats, la trentaine fringante, déclamer leur profession de foi et leur vision du Cameroun, et ils étaient loin d’être ridicules.

«Ce choix de l’engagement politique est d’autant plus pertinent que les jeunes, à l’âge de s’affirmer, veulent être acteurs de leurs pensées et de leurs agirs, et non objets de manipulation des politiciens, des groupes d’intérêt ou du suivisme-mimétisme qui a cours dans les réseaux sociaux.»

La Nouvelle Expression préfère effectivement ne retenir que l’exaspération de Paul Biya, quant aux dérives préoccupantes dans l’usage des plateformes numériques, à l’origine entre autres de multiples outrages aux autorités.

Au cours de son message à la jeunesse, le chef de l’État se taille ainsi une image d’homme d’une triple époque, analyse Intégration : il commence à se percevoir comme membre particulier de l’Histoire, il a un intérêt à apparaître comme un étalon générationnel à partir duquel seraient évaluées les autres expériences sociales, politiques, et reste parmi ceux qu’il appelle les successeurs des pères fondateurs de son pays.


Paul Biya a saisi l’occasion de cette 53ème édition de la Fête de la jeunesse pour non seulement démontrer qu’il est conscient des fléaux susceptibles de constituer des obstacles à son projet, mais encore instruit son gouvernement de s’impliquer fortement avec des actions de réduction, mieux, de leur éradication, pointe InfoMatin.

Ce que L’Anecdote retient de cette allocution, c’est la promesse de création de 500.000 emplois en 2019, une espérance qui se fonde sur la hausse du taux de croissance du pays, soit 4,4% pendant l’année en cours, 4,7% en 2020 contre 3,8% en 2018.

«Du coup, il devient possible de surpasser les prévisions du gouvernement, grâce au parachèvement des projets d’infrastructures, les chantiers de la Coupe d’Afrique des nations (CAN), la continuité du Plan triennal ‘’Spécial jeunes » qui concerne 600.000 personnes, ainsi que l’accélération de la décentralisation, favorable à la mise sur pied d’une fonction publique locale.»

Tout ceci relève du déjà entendu, tranche La Voix du Centre, préférant réserver sa principale manchette au «cas Edgard Alain Mebe Ngo’o», du nom de l’ancien ministre de la Défense, convoqué le jour même au Tribunal criminel spécial (TCS), «accusé d’une série de surfacturations du matériel destiné à équiper l’armée camerounaise.

Jusqu’à nouvel ordre, ce dignitaire du régime, visiblement tombé en disgrâce, est interdit de quitter le territoire camerounais, poursuit Mutations, rappelant par ailleurs que le domicile du concerné à été l’objet d’une perquisition, le 5 février dernier, en rapport avec une société domiciliée à Paris, spécialisée dans le secteur de l’habillement et des équipements des forces de défense et de sécurité.

«Opération épervier : sale temps pour Mebe Ngo’o ?» se demande perfidement Le Jour qui rapporte qu’en dehors de lui-même, considéré comme l’une des personnalités les plus influentes du pays, son épouse ainsi que deux ex-collaborateurs, sont interdits de quitter le territoire national depuis le 31 janvier dernier.

«Rouleau compresseur : Mebe Ngo’o rattrapé par une affaire de surfacturation», appuie Émergence, autre quotidien à capitaux privés qui, lui non plus, ne se fait pas beaucoup d’illusions sur la descente aux enfers d’un ancien tout-puissant cacique du régime de Yaoundé.

L’étau se resserre autour de Mebe Ngo’o et sa bande, convient La Météo qui révèle par ailleurs la teneur d’une lettre de 4 pages du concerné, adressée au président de la République il y a quelques jours, dans laquelle l’ancien ministre implore l’indulgence du président Paul Biya, auprès de qui il ne bénéficie plus d’un accès direct.

«Osera-t-on enfin l’arrêter ?» s’interroge L’Indépendant, rappelant que le redéploiement des arrestations en cascade des gestionnaires véreux de fonds publics relance le débat sur le cas de cet administrateur civil, ayant occupé de très hauts postes dans l’appareil d’État, réputé proche du président de la République et qui, en dépit des «dossiers» et dénonciations, s’était toujours cru au-dessus de la loi.

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