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Pourquoi la justice a maintenu les mises en examen de Tariq Ramadan pour viols

Les récits « constants » des plaignantes et surtout les « dénégations réitérées » de Tariq Ramadan qui ont entamé sa crédibilité: la cour d’appel de Paris a maintenu les mises en examen pour viols de l’islamologue suisse en pointant sa volonté de « dissimuler la réalité » de ses relations avec ses accusatrices.

L’intellectuel suisse de 56 ans, qui a finalement reconnu cet automne une relation sexuelle « consentie » avec chacune de ses accusatrices, espérait obtenir le retrait de ses mises en examen après plus d’un an d’enquête.

Il s’appuyait notamment sur l’abondante correspondance sexuelle, révélée par les investigations, qu’il a entretenue avec ses deux accusatrices avant et après les faits, et qui les fragilisait selon lui. Pour les parties civiles, ces échanges documentent au contraire « l’emprise » du prédicateur sur ces femmes.

« Les messages échangés, qui devront faire l’objet d’investigations supplémentaires, (…) ne font pas disparaître les indices graves ou concordants rendant vraisemblable que Tariq Ramadan ait pu participer à la commission des faits de viols », écrivent les magistrats de la chambre de l’instruction dans leur arrêt rendu jeudi et dont l’AFP a eu connaissance mardi.

Tariq Ramadan est mis en examen depuis le 2 février 2018 pour deux viols, dont un sur personne vulnérable, qu’il conteste fermement: le 9 octobre 2009 à Lyon sur une femme surnommée Christelle dans les médias et, au printemps 2012 à Paris, sur une ancienne salafiste devenue militante laïque, Henda Ayari.

Un SMS de Christelle en particulier est au coeur des débats. « Si je passais un mauvais moment, je serais partie… (…) ta peau me manque », écrivait-elle dans ce message non horodaté, dont les enquêteurs de la brigade criminelle pensent qu’il a été envoyé après les faits.

La cour note que ce message « n’est pas daté et que son contenu ne prive pas les déclarations de (Christelle) sur le viol qu’elle décrit de toute crédibilité ».

A contrario, elle souligne dans ses conclusions un autre SMS envoyé cette fois par Tariq Ramadan à Christelle: « J’ai senti ta gêne… désolé pour ma +violence+. J’ai aimé. Tu veux encore ? Pas déçue ? », écrivait-il au lendemain de leur rencontre.

« Le fait que leur rendez-vous à l’hôtel ait eu un but sexuel (…) ne signifierait pas pour autant que (Christelle) n’ait pas pu faire l’objet d’un viol », estime encore la cour.


Les magistrats soulignent aussi dans leurs conclusions que Christelle a fourni un certificat médical du 3 novembre 2009 qui porte la mention « agression sexuelle il y a un mois ».

– « Dénégations réitérées » –

La défense avait par ailleurs pointé les propositions sexuelles formulées par Henda Ayari dans des échanges sur Facebook en septembre 2012, quelques mois après les faits.

Le contenu de ces échanges, « que Mme Ayari explique par l’emprise qu’elle aurait subie et une volonté de se venger » en tendant un piège à l’islamologue, « n’a pas pour conséquence (…) de priver les déclarations de celles-ci de toute crédibilité », note la cour.

« Le point de vue des enquêteurs de la brigade criminelle, selon lequel les messages de Mme Ayari mettaient à mal ses accusations, ne prend pas en considération ces explications qui avaient déjà été apportées par celle-ci » dès le début de l’enquête, poursuivent les magistrats, en épinglant les policiers.

Pour justifier sa décision, la chambre de l’instruction cite également les « déclarations constantes et réitérées » des plaignantes d’avoir subi des actes sexuels forcés et violents.

Les « dénégations réitérées antérieures » de Tariq Ramadan, jusqu’à sa volte-face en octobre, font douter les magistrats de sa sincérité et, selon eux, « traduisent une volonté de dissimuler la réalité de son comportement » avec les plaignantes.

Les magistrats invoquent aussi les « déclarations concordantes » de quatre témoins « indiquant que (Christelle) leur avait décrit un viol » et décrivant une scène correspondante au récit de la plaignante, ainsi que le témoignage d’une confidente de Mme Ayari, qui lui avait conseillé de porter plainte peu après les faits.

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