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Près d’un camp de GI américain, les Sud-Coréens craignent un retrait « cauchemardesque »

Grâce au camp Humphreys, une énorme base militaire américaine en Corée du Sud, la quincaillerie de Kim Chang-bae fait des affaires florissantes. Mais il a peur que les GI s’en aillent dans la foulée du second sommet entre Kim Jong Un et Donald Trump.

Quelque 28.500 soldats américains sont déployés en Corée du Sud pour la protéger contre les menaces d’une Corée du Nord armée de la bombe atomique, dans le cadre d’une alliance de sécurité perdurant depuis que la guerre de Corée (1950-53) s’est achevée sur un armistice plutôt qu’un traité de paix.

Mais les spéculations vont bon train sur la possibilité que le dirigeant nord-coréen et le président américain s’accordent à Hanoï sur un traité en échange de mesures de dénucléarisation de la part de Pyongyang, et sur un retrait potentiel des troupes américaines.

Pour les Sud-Coréens qui dépendent économiquement des soldats américains comme Kim Chang-bae, 57 ans, cette perspective ne laisse pas d’inquiéter.

« Sans les soldats américains, de nombreuses entreprises, y compris la mienne, vont perdre leur principale source de revenus », dit M. Kim, qui vend des boulons et des tournevis aux Américains déployés sur le camp Humpreys, situé à 60 kilomètres au sud de Séoul dans la ville de Pyeongtaek.

« C’est un scénario cauchemardesque ».

S’étalant sur 14,7 kilomètres carrés, Humphreys est la plus grande base militaire des Etats-Unis à l’étranger.

– « 80% des clients » –

Elle comprend la quasi totalité des soldats américains déployés en Corée du Sud, qui y vivent avec leur famille, soit 32.000 personnes. La base compte une flotte d’hélicoptères Blackhawk et Apache, un bowling, un golf 18 trous, plusieurs écoles, des églises et des cinémas.

Des centaines de restaurants et de commerces comme des salons de manucure ou de tatouage ont fleuri tout autour de la base. Celle-ci est dans les dernières étapes d’un projet d’agrandissement qui porterait sa capacité à 43.000 personnes d’ici 2022.

« J’ai peur qu’ils quittent le pays », dit Choi Eun-hee, 43 ans, qui tient depuis dix ans un restaurant turc à quelques pas du camp. « Les soldats américains forment au moins 80% de notre clientèle ».

Mme Choi a participé le mois dernier à une manifestation d’habitants réclamant le maintien des militaires.

Quand l’AFP s’est rendue sur place, des bannières proclamant « Dehors, les anti-Américains » et « Nous sommes ensemble » le disputaient aux drapeaux américains et sud-coréens dans les rues.


Pour M. Kim, le quincailler, président de l’association locale des entrepreneurs qui réunit 230 patrons, les Américains en uniforme sont devenus « le symbole de la ville ».

Si la fin de la guerre était officiellement déclarée durant le sommet prévu mercredi et jeudi, avec par la suite la signature d’un traité de paix, Pyongyang pourrait s’élever contre la présence continue des troupes américaines, relèvent les analystes.

Le président sud-coréen Moon Jae-in a tenté de faire taire les inquiétudes, déclarant en janvier que Kim Jong Un lui avait dit qu’une déclaration sur la fin de la guerre n’aurait « rien à voir » avec les forces américaines en Corée du Sud.

– « Ruinés » –

« Kim Jong Un comprend que la décision appartient complètement à la Corée du Sud et aux Etats-Unis », a-t-il dit.

Mais Séoul « n’a aucune raison de croire » sur parole ces propos rapportés, dit à l’AFP Kim Sung-han, professeur de relations internationales à l’Université de Corée.

« Le Nord va dire normalement que la présence militaire américaine au sud constitue une grave menace pour sa sécurité. Il pourrait dire qu’une paix véritable ne sera possible que quand les soldats américains seront partis. »

Même s’il n’y a aucune déclaration sur la paix à Hanoï, il n’existe aucune garantie sur le maintien des troupes compte tenu du caractère imprévisible du locataire actuel de la Maison Blanche, qui a soufflé le chaud et le froid sur leur avenir à long terme.

Donald Trump a redit vendredi que le retrait partiel des troupes américaines stationnées en Corée du Sud ne figurait pas à l’ordre du jour du sommet. Mais le président américain s’est souvent plaint du coût de ce déploiement.

Séoul a accepté au début du mois d’accroître sa participation à l’entretien des soldats américains. Cet accord ne vaut que pour un an si bien que les deux parties pourraient se rasseoir bientôt à la table des négociations.

Au yeux de Song Wol-sook, 46 ans, qui tient un salon de manucure, un retrait signifierait un avenir sombre pour des Sud-Coréens isolés. « Quasiment toutes les entreprises seront ruinées, y compris la mienne », dit-elle.



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