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Présidentielle à Bissau: deux hommes, deux styles, deux couvre-chefs

Le premier, candidat du parti majoritaire, ne quitte pas son chapeau couleur paille. Le second, surnommé "le général", a fait…

Le premier, candidat du parti majoritaire, ne quitte pas son chapeau couleur paille. Le second, surnommé « le général », a fait campagne coiffé d’un keffieh arabe. Domingos Simoes Pereira et Umaro Sissoco Embalo, finalistes dimanche de la présidentielle en Guinée-Bissau, vieux briscards de la politique, ont des styles et des parcours différents.

Voici leur portrait:

Domingos Simoes Pereira, un homme du sérail

M. Pereira, que tous les Bissau-guinéens appellent par ses initiales « DSP », est né il y a 56 ans à Farim, dans le nord de ce qui était alors une colonie portugaise d’Afrique de l’Ouest.

Pour sa première candidature à une élection présidentielle, il a remporté 40,1% des suffrage lors du premier tour.

Ingénieur en génie civil de formation, M. Pereira milite depuis sa jeunesse au Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), la formation qui a mené la lutte pour l’indépendance, obtenue en 1974, dont il prend la tête en 2014.

Après la victoire du candidat du PAIGC à la présidentielle de 2014, José Mario Vaz, celui-ci le nomme Premier ministre.

Mais les deux hommes se brouillent rapidement, sur fond d’accusation de mauvaise gestion du pays et de corruption. En août 2015, M. Vaz le limoge, ouvrant la voie à un bras-de-fer qui ne connaîtra pas de répit jusqu’à la fin du mandat de M. Vaz, dont « DSP » devient le plus farouche adversaire.

De confession chrétienne, M. Pereira est marié et père de trois enfants. Il est membre de l’une des plus petites minorité ethnique du pays, les Kasanga. Il a été formé à l’université polytechnique d’Odessa (Ukraine) et à l’Université d’Etat de Californie (USA).

Avant d’être Premier ministre, il avait occupé les fonctions de ministre des Travaux publics (2004-2005), puis a dirigé à partir de 2006 la Communauté économique de pays de langue portugaise (CPLP).

Sous sa houlette, le PAIGC a remporté les législatives en mars dernier, mais le président Vaz a refusé de le renommer à la tête du gouvernement.

Lors d’un unique débat télévisé jeudi face à son rival Umaro Sissoco Embalo, il s’est présenté comme le candidat de la vertu et de la bonne gestion. « L’argent que vous amenez dans le pays ne passe pas par la voie légale », lui a-t-il lancé, l’accusant de faire financer sa campagne par l’étranger.

Umaro Sissoco Embalo, le général dissident

Général de brigade de réserve, ancien Premier ministre (2016-2018) du président Vaz lui aussi, spécialiste des questions de défense et géo-stratégiques, Umaro Sissoco Embalo, 47 ans, est surnommé « le général » par ses partisans.

Vice-président du Madem, parti formé par des dissidents du PAIGC, il est arrivé deuxième lors du premier tour avec 27,7% des suffrages.

Pour combler son retard de 12 points, il s’est posé en rassembleur, rappelant qu’il est un « musulman marié à une chrétienne ». Comme son rival Pereira, il est père de trois enfants.

Lors du débat face à ce dernier, il s’est exprimé en créole portugais, parlé par une très grande partie de la population.

Il peut aussi compter sur le soutien des principaux candidats éliminés au premier tour, dont le président sortant, José Mario Vaz, l’opposant Nuno Gomes Nabiam et l’ancien Premier ministre Carlos Domingos Gomes.

Né dans la capitale Bissau, ce membre de l’ethnie peule, l’une des principales du pays, a fait des études de sciences sociales et politiques en Espagne et au Portugal.

Il a demandé sa retraite anticipée de l’armée dans les années 1990 pour se consacrer à ses nombreux voyages à l’étranger et se lancer dans les affaires. Il a notamment été responsable pour l’Afrique de l’Ouest de la Libyan African Investment Company (Laico), un fonds d’investissement créé par le gouvernement de Mouammar Khadafi.

Sur ses affiches de campagne, lors de ses meetings et même pendant le débat télévisé, il portait un keffieh arabe rouge et blanc noué autour de la tête.

En octobre, le Premier ministre Aristide Gomes, membre du PAIGC, l’a accusé de préparer un coup d’Etat, ce que l’ex-militaire a formellement démenti.

« Je ne suis pas un bandit et je n’entre jamais dans des actions subversives. Ceux qui me connaissent savent que je ne suis pas violent », avait-il alors déclaré à l’AFP.

Amateur de foot –il est supporter du Standard de Liège, en 1re division belge–, il parle portugais, espagnol, français, anglais et arabe.

Umaro Sissoco Embalo juge « catastrophique » la gestion du PAIGC, son ancien parti.

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