International › AFP

Quand les candidats démocrates dépoussièrent leur espagnol pour être « cool »

Les débats démocrates pour la présidentielleaméricaine de 2020 ont mis en lumière l’importance du vote hispanique, notamment dans l’Etat clé de Floride où ils se sont tenus, la nouvelle génération de candidats multipliant les appels du pied et se lançant même dans quelques commentaires dans la langue de Cervantes.

A l’exception de la sénatrice Elizabeth Warren, les neuf autres candidats réunis pour le premier débat mercredi soir étaient relativement inconnus du grand public.

Trois d’entre eux ont donc essayé une tactique pour sortir du lot: parler espagnol. D’autant qu’ils se trouvaient à Miami, où sept habitants sur dix sont d’origine hispanique.

« Nous devons faire en sorte que chaque personne profite du succès de cette économie », a déclaré en espagnol Beto O’Rourke, ex-élu de la Chambre des représentants pour le Texas.

Le lendemain, internet était envahi de memes des regards étonnés de ses concurrents Cory Booker et Elizabeth Warren en entendant ces quelques mots.

« Soit il essaie de s’arroger le vote hispanique, soit il est en lice pour le rôle du père qui met la honte dans un restaurant mexicain », a raillé le comédien Steven Colbert dans son talk-show.

Piqué au vif, le sénateur du New Jersey Cory Booker a relevé le défi en déclarant, en espagnol: « Le président (Donald Trump) a attaqué, a diabolisé les migrants, c’est inacceptable et je vais changer cela ».

« Un Hispanique entend cela et se dit +Ils ne parlent pas un mot d’espagnol+ », relève auprès de l’AFP Giancarlo Sopo, stratège en communication d’origine cubaine.

Mais ces sorties « n’étaient pas destinées aux Hispaniques », poursuit-il. « Elles étaient destinées aux électeurs blancs libéraux qui votent aux primaires. Ils vont le voir et dire +oh, c’est cool, il parle espagnol+ ».

Seul Hispanique à briguer la Maison Blanche, Julian Castro s’est senti obligé de leur emboîter le pas. A petits pas, en toute fin du débat.

L’ancien ministre de Barack Obama et ex-maire de San Antonio (Texas) a clos ses propos en promettant que « le 20 janvier 2021, nous dirons +Adios+ à Donald Trump ».

– Immigration? –


Au second débat, jeudi soir, le polyglotte Pete Buttigieg a répondu en espagnol à sa première question, posée par un présentateur de la chaîne américaine hispanophone Telemundo.

Le sujet le plus important pour les Hispaniques au niveau national est l’immigration et c’est là-dessus que la stratégie du parti démocrate se concentre.

Mais les Hispaniques de Floride, Etat crucial dans une élection présidentielle, ont leurs particularités.

L’immigration n’est par exemple pas leur priorité, car Cubains et Porto-Ricains –communautés les plus importantes en Floride– n’ont pas vraiment de difficultés: les Cubains bénéficient de conditions spéciales et les Porto-Ricains sont des citoyens américains.

« Je sais qu’ils s’adressent à une audience nationale, mais ils traitent les Hispaniques comme si nous n’étions qu’un seul bloc », critique M. Sopo.

Et les périlleux périples des migrants d’Amérique latine remontant pendant des mois vers les Etats-Unis ne suscitent pas forcément de compassion chez les latino-américains conservateurs.

C’est notamment le cas de Martin Bermudez, un Salvadorien de 47 ans qui manifestait mercredi devant la salle du débat.

« Nous sommes venus ici pour les opportunités offertes par les Etats-Unis, la liberté et la sécurité », a-t-il dit. « Désormais, les démocrates veulent essayer le socialisme et c’est un grand manque de respect de leur part que de venir ici avec tous ces socialistes quand les peuples cubains, vénézuéliens et nicaraguayens souffrent tant ».

Ressent-il de l’empathie pour ses concitoyens fuyant par milliers la pauvreté et la violence? « Il y a beaucoup de gens. Que va-t-on faire? Je suis venu légalement, j’ai suivi les règles, j’ai demandé l’asile », explique-t-il.

Selon M. Sopo, le « problème » des démocrates est que « l’idéologie de la gauche progressiste est fondamentalement incompatible avec la culture et les valeurs des Hispaniques », qui sont « traditionnelles, conservatrices et religieuses ».

Les Hispaniques représentent 26% des 21 millions d’habitants de Floride. Selon une étude de 2015, ils devraient atteindre un quart de la population américaine en 2060.



0 COMMENTAIRES

Pour poster votre commentaire, merci de remplir le formulaire

Zapping Actu International
À LA UNE
Retour en haut