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RD Congo: à Kibumba dans le Kivu, trop de pluies et d’attaques armées

Sitôt franchi l’effervescent Majengo, quartier populaire anti-Kabila de Goma dans l’est de la République démocratique du Congo, la route s’élance dans la vaste montagne. A droite les collines rwandaises, à gauche le Parc national des Virunga.

A travers ce paysage escarpé, la route s’enfonce dans le Nord Kivu miné par les groupes armés et l’insécurité.

Il faut très vite s’arrêter pour passer un contrôle anti-Ebola: mains lavées au chlore, et prise de température. Les autorités sanitaires tentent de circonscrire l’épidémie qui frappe le territoire de Béni, plus au nord.

« Merci de prier pour nous, on souffre ». Le jeune chef de marché de Kibumba, Joseph Jigo, t-shirt fatigué du Chelsea football club, a un air abattu.

Autour de lui, les maigres produits du marché, à même le sol noir de basalte craché par les volcans voisins, le Nyiragongo et le Miketo: choux, poireaux, carottes, quelques chaussures et vêtements d’occasion. Et des grappes d’enfants.

L’insécurité, d’abord, mine le village. A quelques km d’ici, dans le Parc, un accrochage armé a eu lieu dimanche soir entre des miliciens rwandais réfugiés depuis le génocide de 1994, les FDLR, et l’armée congolaise.

Bilan officiel de l’armée : deux soldats tués, mais les femmes de soldats disent que plusieurs d’entre eux ont été gravement blessés.

A cette menace militaire constante, s’ajoute un autre type d’insécurité. « Des groupes non identifiés nous attaquent à la nuit tombée, c’est pourquoi dès 18h00, le marché ferme et tout le monde se boucle chez soi. Avant, il fermait à 19h00 ».

– Champs inondés et enlèvements –

Selon Joseph Jigo, ces groupes peuvent attaquer un commerçant pour le voler, mais aussi enlever de simples paysans pour exiger ensuite une rançon pour leur libération. Parfois, les proches mettent des mois à trouver l’argent.

Les calamités climatiques s’ajoutent à l’insécurité. Habituellement, ces terres volcaniques sont très riches et donnent deux récoltes par an, avec une bonne alternance de soleil et de pluies.

« Mais on a trop de pluies, trop, trop, trop », raconte Théophile Kabumba Nzabandora, chef de groupement. « La pluie inonde tout et elle vient de gâter nos plantations de haricots ». Un Mzee, un « vieux » en swahili, au regard fixe, hoche la tête pour confirmer.


Tous deux sont paysans, comme l’essentiel du village, et tous accusent non seulement le dérèglement climatique, mais aussi les voisins rwandais dont les collines dominent le village aux masures en bois installées cahin-caha entre d’épaisses et irrégulières coulées de lave solidifiée.

« Pour évacuer leur trop plein de pluie, les Rwandais construisent des canaux qui se déversent sur nos terres et les inondent ».

« Et ces Rwandais laissent leurs vaches divaguer et paître notre herbe. Si tu protestes auprès des bergers, ils te menacent », poursuit un jeune homme.

Un habitant ajoute: « Et les buffles aussi du Parc viennent dévorer nos carottes et nos choux dans les champs ». « Et même les singes », complète un autre. « C’est pourquoi nous ne laissons pas les légumes trop longtemps pousser et récoltons plus tôt carottes et poireaux, avant qu’ils ne soient volés », explique Théophile Kabumba, le chef de groupement.

Autre paradoxe: le village reçoit trop de pluie, mais il n’a pas de source naturelle, ni de cours d’eau.

« Alors, explique Stella Mapende, vendeuse de vêtements d’occasion, nous creusons des puits, avec un plastique dedans, pour récupérer l’eau de pluie ». Pour se laver mais aussi boire, et cette eau, au bout d’un moment n’est plus potable, et entraine des maladies.

Soudain, un mouvement se fait sur la route centrale en terre. Un homme, ligoté, est emmené par quatre FARDC vers leur poste dans le village. « Sûrement un voleur », explique Stella.

Si les élections ne sont pas reportées, tous les habitants interrogés disent qu’ils vont voter dimanche dans l’unique école.

Avec un sourire entendu, la plupart ajoutent que ce sera « pour Martin Fayulu », un des trois principaux candidats à la présidentielle, opposant de plus en plus populaire à travers le pays.

« Je demande à la grâce divine, et au prochain président, de pouvoir dormir tranquillement la nuit et que mes enfants puissent aller en sécurité le matin à l’école », murmure Joseph Jigo.



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