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RDC: Kikwit danse avec Fayulu et accepte Tshisekedi

Les habitants de Kikwit, dans l’ouest de la République démocratique du Congo, ont dansé mercredi soir avec l’enfant du pays, l’ex-candidat Martin Fayulu, reparti en tournée pour contester les résultats de l’élection présidentielle proclamés il y a tout juste un mois.

Cela n’empêche pas ces mêmes habitants d’accepter pacifiquement, comme dans toute la RDC, la victoire de son rival, l’autre opposant Félix Tshisekedi, quatre semaines jour pour jour après son investiture.

La grande ville du Bandundu, située à 550 km à l’ouest de Kinshasa, a accueilli en héros M. Fayulu, qui sillonne de nouveau la RDC après la campagne électorale pour remercier ses électeurs et demander « la vérité des urnes ».

A Kiwkit, où des violences ont éclaté autour de l’annonce des résultats le 10 janvier, certains de ses partisans ont demandé « des armes » au « soldat du peuple », qui revendique la victoire à la présidentielle du 30 décembre avec 62% des voix.

« Meetings, sit-in et manifestations », répond M. Fayulu, 62 ans, adepte de la « résistance pacifique », avec en prime quelques pas de danse sur l’estrade à chacune de ses apparitions.

Originaire du Bandundu par sa famille, M. Fayulu a appelé la Mission des Nations unies au Congo (Monusco) à publier un rapport sur les violences post-électorales à Kikwit.

Ces violences, dont les traces sont encore visibles sur des édifices publics, ont fait plusieurs morts et des blessés, ont confirmé à l’AFP des victimes et leurs proches.

Mais elles n’avaient aucune connotation « ethnique » ou « tribale » comme on a pu le redouter, ont insisté auprès de l’AFP plusieurs sources officielles et communautaires.

– Aucun Luba visé-

Plus précisément, aucun membre de la communauté Luba (celle de M. Tshisekedi), venue des provinces voisines du Kasaï, n’a été visé.

« Les voisins ne se sont pas attaqués à nous », affirme un responsable Luba, Baba Kalumba, 67 ans, dont 35 à Kikwit.

« Il fallait qu’on donne à Fayulu sa victoire », ajoute-t-il pour justifier la « révolte » des jeunes de Kikwit.

Même si l’opposant de leur cœur n’a pas été proclamé vainqueur par la Cour constitutionnelle à Kinshasa, les habitants de Kikwit ont « pris acte » -comme diraient les diplomates- de la victoire de M. Tshisekedi.

C’est lui qui incarne désormais l’espoir infini du « changement » après les 18 ans au pouvoir de son prédécesseur Joseph Kabila, dans une région qui manque de tout, à entendre ses habitants.


« Les élections sont passées, maintenant avançons », intervient Ange Mangangi, dont le fils, Victor Mawika, a eu le bras gauche fracturé dans les violences qui ont suivi l’annonce des résultats.

« Dans le Bandudu, nous souffrons beaucoup. Il n’y a pas d’emploi. La majorité des enfants ne vont pas à l’école. Au delà de Kikwit, il n’y a plus de route », détaille la mère de famille qui a voté Fayulu comme la majorité des habitants.

« Que le président Tshisekedi fasse tout son possible pour que la population fasse confiance aux autorités. Il doit être le père de tous les Congolais. C’est à nous de l’aider pour que le pays avance », dit-elle.

– « On a changé d’entraîneur » –

A Kikwit, la vie est encore plus difficile pour les 24.320 déplacés qui ont fui les violences au Kasaï en 2016-2018, et les milliers de Congolais expulsés d’Angola fin 2018.

Ils ont tous échoué dans cette ville-carrefour qui ne compte aucune entreprise publique viable et où la « débrouillardise » est un mode de survie.

« Les élections, c’est comme un match de foot, une équipe gagne, l’autre perd, et la vie doit continuer », philosophe Daouda Kimukedi, un refoulé d’Angola.

« On a un nouveau président,et nous devons tous l’aider à accomplir son projet », poursuit-il.

« Notre espoir aujourd’hui est que les choses s’arrangent avec l’arrivée du nouveau président Tshisekedi. Nous lui demandons d’ouvrir les sociétés pour créer de l’emploi, de ne plus laisser le pays entre les mains des ONG, que l’État fasse quelque chose pour tout le monde », ajoute le chef-adjoint de quartier, Crispin Matshidi.

Pour lui, il n’est plus acceptable de voir une « petite minorité vivre dans l’aisance » alors « nous le peuple nous avons faim »: « On a changé d’entraineur, il faut aussi changer les joueurs », dit-il en filant aussi la métaphore sportive.

Comme l’ensemble de la région du Bandundu (divisé en trois provinces depuis 2015), Kikwit qui compte environ deux millions d’habitants, est dépourvu d’un système de distribution d’eau et d’électricité depuis au moins deux décennies.

« Il suffit d’un peu de volonté politique pour qu’on ait tout ça. Avec le nouveau régime, nous croyons que tout ces problèmes seront résolus (…) nous espérons que le président Félix Tshisekedi va prendre en compte toutes les revendications de la population de Kikwit », estime le maire Léonard Mutangu Katonga.

Il rapporte une information qui circule dans la presse congolaise: le nouveau président doit commencer dans le grand Bandudu une tournée dans l’intérieur de la RDC. Kikwit dansera-t-elle aussi avec Tshisekedi?

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