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Robert Mueller auditionné au Congrès, épilogue ou relance de l’enquête russe ?

L’ancien procureur spécial Robert Mueller est convoqué mercredi au Congrès pour une audition très attendue sur les conclusions de l’enquête russe, que les démocrates espèrent accablante pour Donald Trump à seize mois de la présidentielle de 2020.

Pour la première fois, à l’occasion d’une audience marathon qui sera retransmise en direct dans les foyers américains, l’ex chef du FBI devra répondre à des questions sur les ingérences de Moscou dans la campagne de 2016 et la réaction du candidat, puis du président Trump.

Robert Mueller, qui avait souhaité éviter cet exercice périlleux, veut s’en tenir aux conclusions contenues dans son d’enquête, un pavé de plus de 400 pages remis en mars après 22 mois d’investigations.

Les démocrates ont confié ne pas s’attendre à des « révélations fracassantes » mais misent sur l’impact de son témoignage télévisé pour toucher les Américains qui n’ont pas lu ce document juridique, aride et prudent.

« Le public a le droit d’entendre la vérité de la bouche de Mueller lui-même, sur la conduite inappropriée de Trump et les risques persistants pour la sécurité nationale », a déclaré Adam Schiff qui préside l’une des deux commissions chargées d’auditionner l’ex procureur spécial.

Cet homme austère et très respecté est convoqué à 08H30 (12H30) devant la commission judiciaire de la Chambre des représentants, puis à 12H00 (16H00 GMT) devant sa commission du Renseignement.

– « Un jeu » –

Donald Trump a assuré qu’il ne suivrait pas l’audition, estimant qu’il s’agissait juste d’un « jeu » organisé par les démocrates et que suffisamment de temps avait été perdu avec cette enquête « honteuse ».

Désireux de refermer le dossier et de se tourner résolument vers sa campagne de réélection, le milliardaire new-yorkais martèle qu’il a été « totalement exonéré » par le procureur spécial.

Sauf que la vérité est plus nuancée.

Dans son rapport, Robert Mueller décrit la campagne agressive de Moscou pour favoriser l’élection de Donald Trump, ainsi que de nombreux contacts entre la Russie et l’entourage du candidat républicain, mais ajoute ne pas avoir réuni de « preuves » d’une collusion.

En revanche, il assure ne pas pouvoir exonérer le président des soupçons d’entrave à la justice et détaille une série de pressions troublantes exercées sur son enquête par le locataire de la Maison Blanche, à commencer par une tentative de le limoger.


Il se garde toutefois de recommander les suites à donner. Robert Mueller écrit qu’un président en exercice ne peut pas être inculpé par la justice ordinaire et que seul le Congrès peut le poursuivre.

Depuis les démocrates se déchirent sur l’opportunité d’ouvrir une procédure de destitution vouée à l’échec compte tenu de la majorité républicaine au Sénat et qui risque de détourner la campagne présidentielle des débats de fond.

Mercredi, ils pourraient chercher à savoir quels éléments de l’enquête seraient utilisables dans une procédure d' »impeachment ».

– « Fin de carrière » –

Robert Mueller, qui fut souvent auditionné au Congrès quand il était directeur du FBI, est connu pour ses réponses monosyllabiques et il sera difficile de le faire dévier de sa ligne.

Fin mai, il avait brisé son silence lors d’une brève allocution au cours de laquelle il avait souhaité ne pas être auditionné par les parlementaires. « Je ne fournirai pas plus d’informations que ce qui est public », avait-il déclaré, renvoyant vers son rapport d’enquête qui « parle de lui-même ».

Selon la presse américaine, les élus démocrates ont mis sur pied une stratégie d’interrogatoire pour, en se concentrant sur des points spécifiques du rapport, le forcer à dresser un portrait accablant du président.

Mais les républicains, avec qui ils alterneront les questions, sont déterminés à faire dérailler ce scénario en attaquant la genèse de l’enquête et l’intégrité de certains agents du FBI, en écho aux accusations de « chasse aux sorcières » répétées à l’envi par Donald Trump.

Cette stratégie pourrait agacer Robert Mueller, spéculent certains observateurs selon lesquels le procureur âgé de 74 ans pourrait, à la surprise générale, avoir envie de régler ses comptes.

« S’il décide qu’il est à la fin de sa carrière et qu’il est agacé par la manière dont le rapport a été traité, il pourrait se montrer plus loquace », a déclaré à l’AFP Margaret Taylor du centre de réflexion Brookings Institution à Washington.



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