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Robert Mueller, le procureur mutique contraint à sortir du silence

Pour mener l’une des enquêtes les plus délicates de l’histoire américaine, il fallait un homme discret et méthodique: Robert Mueller a joué cette partition à la perfection, mais il se retrouve mercredi, à son corps défendant dans l’arène politique.

Pendant près de deux ans, cet ancien chef du FBI a enquêté dans l’ombre sur les soupçons de collusion entre Moscou et l’équipe de campagne de Donald Trump lors de la présidentielle 2016.

Indifférent au vacarme politique et médiatique, le procureur spécial a déroulé les fils de son enquête sans dévoiler les éléments dont il disposait, faisant planer une menace silencieuse sur la Maison Blanche.

Dans un document de plus de 400 pages, il a conclu en mars ne pas avoir trouvé de preuves d’une quelconque entente, mais il a détaillé une série de pressions troublantes exercées sur ses investigations par le président républicain.

Face aux remous et aux extrapolations nées de ce rapport, cet homme de 74 ans est sorti de son silence pour la première fois en mai, livrant une déclaration à son image: précise et factuelle.

D’une voix tremblante, conscient de l’impact de ses propos, il a refusé d’exonérer Donald Trump des soupçons d’entrave à la justice, laissant au Congrès la responsabilité des suites à donner.

Il a alors souhaité s’effacer, estimant que son rapport parlait « de lui-même », mais l’opposition démocrate ne l’entendait pas de cette oreille.

Forte de sa majorité à la Chambre des représentants, elle l’a convoquée pour une audition publique mercredi dans l’espoir de lui arracher des déclarations accablantes pour Donald Trump.

Lui a de nouveau fait savoir qu’il s’en tiendrait à son rapport. Rien que son rapport.

– « Héroïsme sobre » –

Né en août 1944, Robert Mueller n’a que deux ans de plus que Donald Trump. Comme lui, il est républicain, né dans une famille aisée du Nord-Est américain, et a fréquenté des écoles prestigieuses. La comparaison s’arrête là.

Autant le président est flamboyant, voire outrancier, omniprésent dans les médias, autant Robert Mueller affiche une austérité calculée.


Eternel costume sombre, cheveux blancs sages, il ne cherche pas à attirer les regards. En 2008, lors d’un discours pour les 100 ans du FBI, il cite le tennisman noir Arthur Ashe, pour qui « le vrai héroïsme est remarquablement sobre et très peu spectaculaire ».

A la tête de l’enquête russe, Robert Mueller a toujours pris soin de rester dans l’ombre, s’exprimant par l’entremise de documents judiciaires largement protégés par le secret.

Il déléguait les audiences à ses lieutenants. Jamais il n’a communiqué avec la presse, laissant son porte-parole livrer de laconiques « pas de commentaire ».

Sa boussole? La vérité. « Un jour, il m’a dit: +quoi que tu révèles, sois bien sûr que ce soit vrai+ », a raconté au magazine GQ un de ses anciens subordonnés au FBI, John Miller.

Le président Trump s’est gardé de l’attaquer frontalement, même s’il a dénoncé en boucle une injuste « chasse aux sorcières ». Il lui a bien reproché d’être « hors de contrôle » ou « partial », mais sans la virulence qui caractérise souvent ses tweets.

– Unanimement respecté –

Robert Mueller est un ancien officier des Marines, médaillé pour sa bravoure lors de la guerre au Vietnam — une autre différence avec Donald Trump, exempté pour raisons médicales. Il a ensuite consacré sa vie au service public.

Après des études de droit, Robert Mueller a notamment servi comme procureur fédéral, enquêtant avec la même ténacité contre le gang des Hells Angels, la mafia ou des banquiers malhonnêtes.

En tant que numéro deux du ministère de la Justice sous la présidence de George Bush père, il a notamment supervisé l’enquête sur l’attentat contre un avion de la Pan Am au-dessus de Lockerbie (Ecosse), qui avait tué 270 personnes en 1988.

Nommé à la tête de la puissante police fédérale américaine une semaine avant les attentats du 11 septembre 2001, Robert Mueller avait menacé de démissionner trois ans plus tard si le président George W. Bush persistait avec un programme d’écoutes extra-judiciaires controversé.

En 2011, à l’expiration de son mandat après dix ans de service, le président démocrate Barack Obama lui avait demandé de rester deux années supplémentaires. Une extension approuvée à l’unanimité par les sénateurs, preuve du respect unanime pour sa personne.



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