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Roumanie: orpheline de son chef, la gauche au pouvoir en plein désarroi

Humiliée aux européennes, la gauche au pouvoir en Roumanie se cherche une boussole au lendemain de la condamnation et de l’incarcération de son dirigeant Liviu Dragnea qui la laisse orpheline alors que l’opposition réclame des législatives anticipées.

La confirmation lundi en appel de la peine de trois ans et demi de prison prononcée contre le chef du Parti-social démocrate (PSD) pour une ancienne affaire d’emplois fictifs a manifestement pris cette formation de court, d’autant que M. Dragnea a été incarcéré dans la foulée.

« Le PSD se trouve dans une situation très difficile. Le parti est décapité et il aura du mal à trouver un leader charismatique, accepté par son électorat et crédible », juge le politologue Andrei Taranu, interrogé par l’AFP.

Les responsables sociaux-démocrates se sont réunis mardi en catastrophe à Bucarest pour décider de l’après-Dragnea. Une tâche qui s’annonce compliquée alors que le dirigeant avait écarté tous les possibles rivaux qui auraient pu tenter de le remplacer un jour.

Patron du PSD depuis 2015 et artisan du succès de cette formation aux législatives de décembre 2016, cet ancien élu local du sud du pays n’avait pu briguer le poste de Premier ministre en raison d’une condamnation pour fraude électorale.

Elu à la présidence de l’Assemblée nationale, il n’en a pas moins fermement tenu les rênes du pouvoir, faisant chuter en l’espace de sept mois deux chefs de gouvernement sociaux-démocrates jugés indociles.

– Contrôle personnel –

Nommée en janvier 2018 et considérée par l’opposition comme une « marionnette parfaite », la Première ministre Viorica Dancila avait elle-même essuyé récemment un rappel à l’ordre après avoir tenté de s’émanciper.

L’opposition de centre-droit a également accusé M. Dragnea d’avoir nommé des proches à tous les postes clé, qu’il s’agisse de la Cour des comptes, du fisc ou des ministères, afin de s’assurer un contrôle personnel de ces institutions.

« La plupart des personnes nommées dans des fonctions publiques étaient loyales à un seul homme et étaient, au mieux, médiocres », a reconnu mardi l’eurodéputé social-démocrate Victor Bostinaru.

L’incarcération de M. Dragnea intervient alors que le PSD a enregistré dimanche un sévère revers aux européennes, se classant deuxième derrière les Libéraux (PNL, opposition) avec 23% des voix, contre 37% en 2014.


La majorité a également été désavouée dimanche lors d’un référendum non contraignant convoqué parallèlement à ce scrutin par le président de centre-droit Klaus Iohannis afin de dénoncer les réformes judiciaires du gouvernement, que Bruxelles et le chef de l’Etat accusent de saper la lutte contre la corruption.

Dans ce contexte, le parti d’opposition USR a appelé mardi à la tenue d’élections législatives anticipées, une option « correcte et logique » selon le président de cette formation centriste, Dan Barna. Dès lundi, M. Iohannis avait estimé que le gouvernement devait « s’en aller ».

– Aggiornamento –

Le quotidien d’opposition Adevarul n’a pas hésité à évoquer mardi « le décès » du PSD, une formation héritière du Parti communiste, qui selon le journal aurait dû disparaître « il y a 30 ans », en même temps que le dictateur Nicolae Ceausescu.

Orphelin de M. Dragnea, « le PSD n’est pas une victime, mais un complice qui a accepté d’être transformé en un groupe de lâches serviteurs », estime ce journal dans un éditorial.

Depuis son retour au pouvoir fin 2016, le PSD s’était lancé dans une refonte controversée du système judiciaire, destinée, selon ses adversaires, à blanchir M. Dragnea et d’autres élus visés par des enquêtes.

Cette réforme avait provoqué début 2017 les plus importantes manifestations depuis la chute du communisme. « M. Dragnea jouissait au début d’une certaine sympathie au sein de l’électorat de gauche mais il l’a perdue » à cette occasion, souligne M. Taranu.

Au sein du PSD, un début d’aggiornamento a semblé se faire jour mardi. « Le PSD de Liviu Dragnea a perdu les élections. Un autre PSD débute aujourd’hui », a avancé Marian Oprisan, un dirigeant local.

Mme Dancila a pour sa part évoqué un possible infléchissement de la réforme judiciaire, soulignant que le parti avait « beaucoup souffert » de cette initiative.



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