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Rudy Giuliani, l’avocat de Trump à la langue qui fourche

Rudy Giuliani est-il un fin stratège ou un gaffeur invétéré? L’avocat personnel de Donald Trump suscite la perplexité après une série de révélations embarrassantes pour son client.

L’ancien maire de New York a rejoint l’équipe d’avocats du président américain en avril 2018. Depuis, il est invité sur les plateaux de télévision à chaque développement dans la très sensible enquête russe. Autant dire très fréquemment.

Plus militant qu’avocat, il y propage la parole présidentielle: ces investigations sur une possible entente entre Moscou et l’équipe de campagne du candidat républicain lors de la présidentielle de 2016 sont « biaisées », « corrompues ».

Mais quand les journalistes se font pressants sur les détails, la mécanique s’enraye. Depuis une semaine, Rudy Giuliani a ainsi multiplié les déclarations contre-productives.

« Je n’ai jamais dit qu’il n’y avait pas eu de collusion entre la campagne ou des personnes dans la campagne » et la Russie, a-t-il déclaré le 16 janvier sur CNN, avant d’être contredit par le journaliste.

« Je n’ai aucune idée si je l’ai dit ou pas », a-t-il rétorqué. Et d’ajouter dans un vain effort pour minimiser ses propos: « S’il y a eu collusion, c’était il y a très longtemps. »

Bis repetita ce week-end. Dans deux entretiens, il a reconnu que les discussions pour la construction d’une Trump Tower à Moscou s’étaient poursuivies jusqu’à l’élection présidentielle en novembre 2016. Or, Donald Trump assurait encore en octobre 2016 n’avoir aucune affaire en cours avec la Russie.

Face à la déflagration, Rudy Giuliani a rétropédalé, assurant n’avoir formulé que des « hypothèses » sans avoir parlé avec le président. Mais le mal était fait et certains médias américains croient savoir qu’il n’est plus en odeur de sainteté à la Maison Blanche.

– « La vérité n’est pas la vérité » –

A 74 ans, Rudy Giuliani n’est pas un novice en communication.


Procureur à Manhattan dans les années 1980, il a lancé la mode des « perp walk », l’arrestation de suspects devant des journalistes prévenus à l’avance. En 2001, il a incarné la résistance de New York après les attentats contre le World Trade Center, au point d’être déclaré « personne de l’année » par le magazine Time.

Mais quand les journalistes l’interrogent sur l’enquête russe, Rudy Giuliani semble parfois à court d’arguments. Selon lui, les faits « sont une question de perception », « la vérité n’est pas la vérité »…

Plus gênant, un mois après avoir pris ses fonctions, il a révélé sur Fox News que le président Trump avait remboursé 130.000 dollars à son ancien avocat personnel Michael Cohen qui avait acheté le silence d’une de ses maîtresses présumées, l’actrice de films pornographiques Stormy Daniels.

Le magnat de l’immobilier prétendait jusque-là ne rien savoir de ces versements, effectués juste avant le scrutin présidentiel de 2016, qui pourraient être considérés comme en infraction à la loi sur le financement des campagnes.

Pour certains commentateurs, ces bourdes apparentes pourraient relever d’une stratégie de déminage. En confirmant certains faits troublants, dans des interviews assez nébuleuses, Rudy Giuliani rendrait leur divulgation par le procureur spécial de l’enquête russe Robert Mueller ou d’autres acteurs moins fracassante.

Sa stratégie est « politique, pas légale », écrivent ainsi les juristes Mimi Rocah et Joyce Vance sur le site de NBC News. Pour eux, « rien de ce qu’il fait ne vise à convaincre un juge ou un jury. Il cherche à créer de la confusion, à préparer les gens à des nouvelles choquantes avant qu’elles n’arrivent. »

Il aurait ainsi parlé de Stormy Daniels parce que Michael Cohen allait le faire. Aujourd’hui, il admettrait une collusion avec des membres de la campagne, parce que l’enquête russe touche à son terme.

C’est possible que Rudy Giuliani « n’ait honnêtement aucune idée de la vérité » ou bien qu’il soit « confus », avance l’ancien procureur fédéral Jeffrey Cramer, cité par le site d’informations Insider. Mais peut-être que « Trump lui a dit toute la vérité et qu’il prépare ses lignes de défense en cas d’inculpation ».

Lundi, dans un entretien au New Yorker, l’avocat a livré une vérité, la sienne: « J’ai peur que soit écrit sur ma pierre tombale: Rudy Giuliani: il a menti pour Trump », a-t-il confié. « Je ne pense pas que ça arrivera, et sinon, pourquoi m’en faire? Je serai mort. »


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