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Salvini rencontre Orban, inquiétudes sur un changement de cap de l’Italie

L’homme fort du gouvernement italien, Matteo Salvini, rencontre mardi à Milan le Premier ministre national-conservateur hongrois Viktor Orban, point d’orgue d’une série de signaux que certains interprètent avec inquiétude comme un changement de cap de l’Italie en Europe.

L’Italie a choisi d’être « le strapontin du sud » des pays membres du groupe de Visegrad (République tchèque, Hongrie, Pologne et Slovaquie), hostiles à l’immigration, déplore ainsi l’ancien Premier ministre italien et commissaire européen Mario Monti, dans une tribune parue lundi dans le Corriere della sera.

« L’Italie brûle les ponts avec ses alliés traditionnels, menace d’une défection improbable, alimente la défiance et frappe à la porte des ennemis au nom d’une affinité idéologique anti-immigration, qui ne correspond pas aux vrais intérêts nationaux », s’alarme mardi ce même journal.

Trois mois après l’arrivée au pouvoir du premier gouvernement populiste dans un pays fondateur de l’Union européenne, Matteo Salvini continue de tirer à boulets rouges sur cette Europe, coupable selon lui, d’avoir abandonné l’Italie, contrainte de gérer seule les quelque 700.000 migrants arrivés sur ses côtes en quatre ans.

Depuis qu’il a pris ses fonctions à la tête du ministère de l’Intérieur, Matteo Salvini est parvenu à imposer sa « ligne dure » contre l’immigration. Il l’a prouvé en empêchant d’abord le débarquement de migrants recueillis par des navires d’ONG.

En juillet, il a ensuite contraint plusieurs pays européens, dont la France, l’Allemagne et l’Espagne, à trouver un accord entre eux pour accueillir quelque 450 migrants secourus par un navire italien. L’Italie ne sera pas le « camp de réfugiés » de l’Europe, martèle sans relâche le vice-Premier ministre et patron de la Ligue (extrême droite).

Et la semaine dernière, plus de 150 migrants, en majorité des Erythréens, sont ainsi restés bloqués pendant plus d’une semaine à bord d’un bateau des garde-côtes italiens, le Diciotti, avant d’être finalement autorisés à débarquer par M. Salvini. Cette fermeté lui a valu d’être la cible de la justice italienne qui a ouvert une enquête contre lui pour séquestration de personnes.

– Soutien des Italiens –

Le ministre italien de l’Intérieur n’en a cure, fort du soutien des Italiens, si l’on en croit les sondages.

Cette fermeté est officiellement partagée par l’autre principale composante du gouvernement, le Mouvement Cinq Etoiles (M5S), et son chef de file, le vice-Premier ministre Luigi Di Maio.


Plus largement, les deux hommes mènent depuis trois mois une offensive souverainiste face à une Union européenne, tantôt ennemie, tantôt bouc émissaire.

L’Italie n’acceptera plus d’être « humiliée », a lancé la semaine dernière M. Di Maio, agitant la menace d’une réduction draconienne de la contribution de l’Italie au budget de l’UE. Et si l’Europe continue à « nous tourner le dos » sur l’immigration, Rome mettra son veto au budget pluriannuel de l’UE, a-t-il renchéri.

L’Europe est un « formidable ciment pour s’assurer le consensus d’un peuple en colère à la recherche de boucs émissaires », juge mardi l’éditorialiste du quotidien La Repubblica.

Mais Matteo Salvini semble vouloir aller plus loin et prendre avec Viktor Orban la tête d’un front souverainiste en vue des élections européennes du printemps prochain. « Nous misons sur un axe, nous verrons ce qu’il sera possible de faire ensemble. Nous travaillons tous à la construction d’une autre Europe », a-t-il déclaré.

Et sur ce point, son alter ego Luigi Di Maio semble plus hésitant. « La Hongrie d’Orban dresse des murs de barbelés et refuse la répartition » des migrants. « En ce qui me concerne, les pays qui refusent la répartition n’ont pas le droit aux financements européens », a lâché M. Di Maio dans un entretien lundi avec le journal La Stampa.

Le prochain test en Italie sera le vote du budget qui pourrait aggraver le déficit et mettre ce pays en infraction aux règles communautaires dans ce domaine si le gouvernement confirme ses coûteuses promesses électorales.

M. Di Maio a confirmé mardi vouloir instaurer l’an prochain un revenu de citoyenneté, en « violant » s’il le faut la limite fixée par l’Union européenne de 3% du PIB pour le déficit public.

« Le gouvernement isole l’Italie et nous expose à des incertitudes. C’est ainsi qu’on affaiblit notre souveraineté », a averti Maurizio Martina, le secrétaire général du Parti démocrate (PD, centre gauche), le principal parti d’opposition.


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