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Soudan: Longues files d’attente à Al-Obeid, endeuillée par le meurtre de manifestants

Zain Mohamed, un vendeur de légumes soudanais est en colère alors qu’il fait la queue pendant des heures pour acheter une miche du pain dans la ville d’Al-Obeid, où cinq lycéens ont été tués lors d’un rassemblement de protestation contre les pénuries de pain et de carburant.

« A l’heure où je devrais vendre des légumes, je suis ici en train de perdre des heures dans une file d’attente pour acheter une miche de pain », affirme-il à l’AFP, alors qu’il attendait avec des dizaines d’autres hommes et femmes devant une boulangerie du centre d’Al-Obeid.

La ville est endeuillée par le drame de lundi, où six personnes, dont cinq lycéens, ont été tués lors d’un rassemblement organisé pour dénoncer les pénuries de pain et de carburant.

C’est le triplement du prix du pain dans un pays à l’économie exsangue qui a initialement poussé les Soudanais à manifester en décembre. Ces rassemblements se sont transformés en contestation nationale entraînant en avril la destitution par l’armée du président Omar el-Béchir, après trente ans au pouvoir.

Durant ces mois de contestation, Al-Obeid, à 350 km au sud-ouest de la capitale Khartoum, a été épargnée, et Béchir y a même organisé un rassemblement quelques jours avant sa destitution.

Mais depuis le meurtre de six manifestants, les habitants sont en état de choc et les autorités ont imposé un couvre-feu indéfini.

Les manifestants accusent des redoutés paramilitaires des Forces de soutien rapide (RSF) d’avoir tiré sur les jeunes manifestants.

Malgré le couvre-feu, les habitants sortent la nuit, certains à bord de leurs véhicules et les boutiques restent ouvertes jusque tard, a constaté un journaliste de l’AFP.

– « Nous souffrons » –

Des membres des forces de sécurité armés de mitrailleuses circulent dans la ville armés, à bord de véhicules.

« Se procurer de la nourriture est devenu difficile », déplore Muwawi Saad, employé d’une société privée.

« Il faut attendre une heure ou plus. Souvent, tu passes à la boulangerie et elle est fermée parce qu’il n’y plus d’électricité », poursuit-il.


Les pannes de courant sont fréquentes au Soudan, y compris à Khartoum, les autorités peinant à lutter contre la crise économique, l’un des principaux facteurs du mécontentement social.

Après de fortes pluies cette semaine, d’énormes flaques d’eau recouvrent les routes non revêtues à Al-Obeid, une ville qui a largement soutenu le régime Béchir pendant des années.

De nombreuses maisons dans le centre-ville sont construites avec du ciment, alors que les habitations dans des quartiers pauvres sont faites de terre et de briques.

« Il n’y a pas d’électricité dans notre maison depuis ce matin », déplore Babikir Awad, assis devant sa maison à un étage dans le centre-ville.

« Nous souffrons depuis des mois, mais la situation s’est détériorée ces deux dernières semaines », raconte-t-il.

L’incapacité des autorités à résoudre les pénuries de pain et les fréquentes coupures d’électricité cristallisent le sentiment de colère des habitants.

« Le principal problème c’est qu’il n’y a pas d’approvisionnement stable en électricité, explique Mohamed al-Hassan, propriétaire d’une boulangerie.

« Posséder son propre générateur implique d’augmenter ses coûts et donc de s’exposer à des pertes », estime-t-il.

Pour Shadiya Othman, la ville a subi « une détérioration complète de ses services ».

« Cela a provoqué de la colère chez les habitants pour qui assurer ses besoins de base est devenue difficile ».



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