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Sous-développement des pays de la zone du F CFA : la monnaie indexée

L’économiste Ndongo Samba Sylla a déclaré, mercredi soir à Dakar, que l’utilisation du franc CFA est la principale cause du sous-développement des pays africains qui l’ont en partage.« La responsabilité du franc CFA dans le sous-développement des pays africains se situe à 4 niveaux : la fixité du taux de change, l’arrimage à l’euro, l’insuffisance de crédits et les saignées colossales dues aux flux financiers illicites. Tant que ce système est là, on peut avoir le meilleur dirigeant du monde mais la pauvreté sera toujours présente  », a soutenu Ndongo Samba Sylla.

Il était l’invité des Carrefours d’actualité du Centre d’études des sciences et techniques de l’information (Cesti) de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. 

S’exprimant sur les flux financiers illicites, le co-auteur, avec Fanny Pigeaud, du livre intitulé « L’arme invisible de la Françafrique-Une histoire du franc CFA », a fait savoir qu’« au Cameroun, entre 1970 et 2008, ils représentaient 13 fois la dette extérieure, 10 fois au Gabon, 6 fois en Côte d’Ivoire et au Congo ». 

Pour lui, le Sénégal doit s’attendre au même sort quand l’exploitation du pétrole et du gaz va commencer. 

M. Sylla croit dur comme fer que le franc CFA, créé le 26 décembre 1945, au lendemain de la seconde guerre mondiale qui a mis à genou l’économie française, est « une monnaie coloniale malgré l’africanisation des banques centrales » visibles à travers leurs personnels, les billets de banque et les pièces.

Pour justifier sa conviction, il indique que « la France est représentée dans les banques centrales car, elle dit garantir la convertibilité du franc CFA. Elle siège dans les instances de ces banques avec un droit de véto et aucune décision majeure ne peut être prise sans son consentement ». 

En effet, de nombreux défenseurs du franc CFA évoquent souvent sa stabilité qui serait liée à la garantie de la France. Dans une démarche de déconstruction d’idées préconçues, Ndongo Samba Sylla a battu en brèche cette thèse. 

« La France ne garantit pas le franc CFA. C’est une escroquerie et la loi des finances de la France le montre. Sur la ligne dédiée aux garanties de convertibilité, aucun crédit n’est prévu en violation des accords de coopération monétaire. En réalité, ce sont les réserves accumulées par les pays africains qui constituent la garantie », a-t-il précisé. 


Selon M. Sylla, le franc CFA favorise un modèle de développement extraverti non tributaire des ressources locales. En guise d’illustration, il a informé que, d’après les statistiques de la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le développement (CNUCED) portant sur les stocks d’Investissements directs à l’étranger (IDE), « le Ghana dont la monnaie (Cedi) réputée instable, a reçu plus d’IDE que les 8 pays de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA) combinés ».

De plus, il a fait remarquer que parmi les 14 pays de la zone CFA plus les Comores, il n’y a que le Congo qui a reçu plus d’IDE que la République Démocratique du Congo, non membre de cette zone. D’où la conclusion selon laquelle les Investissements directs à l’étranger sont liés à d’autres facteurs qui n’ont rien à voir avec la stabilité monétaire. 

Portant son regard sur le Sénégal, Ndongo Samba Sylla a révélé qu’« en 2016, le revenu par habitant est similaire à celui laissé par le colon en 1960. Il y a eu des variations durant cette période mais sur le long terme la population s’est appauvrie. Le Sénégalais moyen était plus riche en 1960 qu’aujourd’hui ».

En outre, il a dit que « la croissance économique actuelle du Sénégal est tirée par un endettement massif et une conjoncture favorable. Mais ça va se retourner dans quelques années parce que ce n’est pas une croissance durable dont les socles sont l’agriculture ou l’industrie ».   

Partant de ce constat d’échec inéluctable, il a invité les pays de la zone franc à s’inspirer du Maroc, de l’Algérie, de la Tunisie et du Vietnam qui faisaient tous partie de cette zone mais qui ont maintenant de meilleures monnaies et des situations économiques beaucoup plus enviables.

En conclusion, Ndongo Samba Sylla a estimé que le franc CFA n’est clairement pas « un mécanisme de développement mais d’extraction des ressources » africaines. 



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