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Syrie: des cris d’alarme de l’ONU à l’accord sur Idleb fragilisé

La province d’Idleb et des zones avoisinantes ont fait l’objet d’un accord russo-turc pour éviter un assaut du régime syrien de Bachar al-Assad, mais l’accord est menacé, les jihadistes occupant toujours la zone qu’ils devaient évacuer avant lundi.

En vertu de l’accord, une « zone démilitarisée » doit être établie aux limites de la province d’Idleb pour séparer les territoires contrôlés par le régime de ceux tenus par les insurgés et les jihadistes.

Dominée par les jihadistes du groupe Hayat Tahrir al-Cham (HTS), Idleb a accueilli ces dernières années des dizaines de milliers de rebelles et civils, évacués d’autres bastions insurgés reconquis par le régime au terme d’offensives dévastatrices.

– « Catastrophe humanitaire » –

Le 16 mai 2018, l’émissaire de l’ONU Staffan de Mistura affirme que « si le scénario de la Ghouta se répète à Idleb, il pourrait être six fois pire » en termes de destruction et de victimes.

La Ghouta orientale, bastion insurgé aux portes de Damas, a été reconquise en début d’année par le régime au terme d’une offensive ayant tué plus de 1.700 civils, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

Début septembre, les mises en garde se multiplient contre la perspective d’un assaut du régime contre Idleb. Depuis plusieurs semaines, le pouvoir de Damas a massé des renforts aux abords d’Idleb. Ses forces bombardent des positions rebelles et jihadistes dans la province et larguent des tracts appelant les habitants à se rendre.

Le président américain Donald Trump met en garde contre une offensive d’envergure contre cette région qui abrite quelque trois millions de personnes. « Le monde regarde et les Etats-Unis regardent », prévient-il.

« Un massacre pourrait avoir lieu si une pluie de missiles s’y abattait », déclare le président turc Recep Tayyip Erdogan dont le pays, parrain des rebelles, est opposé à un assaut qui risque de provoquer un afflux de réfugiés vers sa frontière.

Le 7 septembre, un sommet tripartite à Téhéran sur le sort d’Idleb, réunissant les présidents russe, turc et iranien, se solde par un échec.

Le 10 septembre, l’ONU prévient que la bataille d’Idleb pourrait devenir la « pire catastrophe humanitaire » du XXIe siècle.

– Accord russo-turc –

Le 17 septembre, Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan, réunis dans la station balnéaire de Sotchi (Russie), surmontent leurs divisions et se mettent d’accord pour instaurer une « zone démilitarisée ».

Cette zone tampon, de 15 à 20 km de large, en forme de fer à cheval, doit être créée dans la province d’Idleb et dans des secteurs des régions voisines d’Alep, Hama et Lattaquié. Elle doit séparer les territoires insurgés d’Idleb des secteurs gouvernementaux adjacents.

Les armes lourdes des insurgés doivent en être retirées avant le 10 octobre, tandis que les jihadistes doivent avoir quitté les lieux à la mi-octobre.


– Dissonances rebelles –

Le 29 septembre, Jaich al-Ezza, groupe rebelle actif dans le nord de la province de Hama, annonce rejeter l’initiative russo-turque.

Le 1er octobre, le Front national de libération (FNL) –une coalition de groupes rebelles soutenue par Ankara–, qui avait accueilli favorablement l’accord, se dit opposé au déploiement des forces russes dans la future « zone démilitarisée ».

De son côté, HTS, qui contrôle avec d’autres groupes jihadistes environ 60% de la future zone démilitarisée, ne s’est jamais prononcé publiquement sur l’accord. Le groupuscule Houras al-Din, lié à Al-Qaïda, l’a lui rejeté.

Cependant, la première échéance du 10 octobre, qui concerne le retrait des armes lourdes, semble avoir été respectée.

Le 8 octobre, le FNL annonce avoir achevé le retrait de ses armes lourdes.

HTS « et d’autres groupes jihadistes moins influents ont retiré leurs armes lourdes de larges pans » de la future « zone démilitarisée », affirme le même jour l’OSDH.

– L’accord menacé –

Le 12, des habitants autour d’Idleb reçoivent des avertissements sur leurs téléphones portables de la part de l’armée syrienne. « Eloignez-vous des combattants. Leur destin est scellé », dit l’un de ces messages.

Le lendemain, plusieurs tirs au mortier venant de la future zone tampon visent une position militaire à Jourine, dans le nord de la province voisine de Hama ainsi que des secteurs dans celle d’Alep, selon l’OSDH. Les tirs interviennent plusieurs jours après le retrait supposé des armes lourdes des rebelles et jihadistes de ce secteur.

Et selon l’OSDH, le régime a aussi bombardé par intermittence ces derniers jours la zone tampon.

Le 14, les jihadistes indiquent vouloir poursuivre le combat contre le régime. « Nous n’abandonnerons pas le choix du jihad et du combat », affirme HTS, qui ne dit toutefois pas clairement s’il rejette l’accord.

Dans la nuit du 14 au 15, l’OSDH indique que la date-limite fixée pour le départ des jihadistes est passée sans aucun signe montrant que ceux-ci se sont retirés de la future zone « démilitarisée ».

Le 15, le chef de la diplomatie syrienne, Walid Mouallem, affirme que Damas a besoin de « temps » pour vérifier la mise en œuvre de l’accord.



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