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Syrie: les raids meurtriers à Idleb, prélude à une offensive majeure?

Le régime syrien, appuyé par son allié russe, a intensifié ses raids meurtriers sur la province d’Idleb depuis un mois, laissant penser qu’il pourrait lancer une offensive majeure pour reconquérir le dernier grand bastion jihadiste du pays.

Une telle offensive n’est pas à l’ordre du jour, estiment toutefois des experts, qui tablent sur la poursuite de l’opération –relativement limitée– en cours.

– Quels sont les signaux d’alarme?

Ce sont les jihadistes de Hayat Tahrir al-Cham (HTS, ex-branche syrienne d’Al-Qaïda) qui dominent Idleb et des territoires adjacents dans les provinces de Hama, Alep et Lattaquié.

La région, frontalière de la Turquie, est censée être protégée par un accord pour une « zone démilitarisée » conclu en septembre 2018 entre Moscou, allié du régime, et Ankara, qui soutient certains groupes rebelles.

L’objectif était d’instaurer une zone tampon pour séparer les territoires insurgés et jihadistes des zones gouvernementales. Partiellement appliquée, l’initiative avait permis d’éviter une offensive à large échelle de l’armée syrienne.

Mais celle-ci a continué de mener des raids aériens par intermittence avant de les intensifier à partir de fin avril et de livrer des combats au sol.

L’intensification des bombardements a tué plus de 270 civils en un mois, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

La recrudescence des violences a également fait quelque 270.000 déplacés, tandis que les frappes ont touché 23 établissements médicaux, dans leur immense majorité hors-service.

Devant le conseil de sécurité, le représentant syrien à l’ONU Bachar Jaafari a réitéré mardi la détermination de son régime à reconquérir Idleb.

« La Syrie n’épargnera aucun effort pour débarrasser la population d’Idleb de l’emprise des groupes terroristes », a-t-il martelé, selon l’agence officielle Sana.

– Va-t-on vers une offensive majeure?-

Pour les analystes, les bombardements en cours, aussi intenses et meurtriers soient-ils, ne semblent pas augurer d’une opération d’envergure.

« Je doute fortement que cette offensive vise à reprendre l’ensemble de la région d’Idleb », déclare à l’AFP Aron Lund, du think-tank américain The Century Foundation.

La reconquête d’Idleb « constituerait une entreprise colossale à laquelle la Turquie résisterait à coup sûr, ne serait-ce que pour les centaines de milliers de réfugiés qui afflueraient vers sa frontière », ajoute-t-il.


En vertu de l’accord russo-turc, les jihadistes devaient se retirer de la « zone démilitarisée ».

L’accord prévoyait le déploiement de soldats turcs à des postes d’observation et la réouverture de deux autoroutes passant par Idleb et reliant les grandes villes du pays tenues par le régime (Damas, Lattaquié, Hama et Alep).

Les forces turques sont toujours déployées à Idleb mais les jihadistes ne se sont jamais retirés de la zone-tampon, et les autoroutes n’ont pas été rouvertes.

Malgré les entorses, l’accord russo-turc -qui découle du processus dit d’Astana, instauré par la Russie, l’Iran et la Turquie pour mettre fin au conflit syrien- n’est pas encore mort.

Et « la Russie ne veut pas couper le dernier lien avec le processus d’Astana, ni ses rapports avec les Turcs », affirme l’expert Nawar Oliver, du centre Omran basé en Turquie.

– Alors que veut le régime?

Pour l’analyste Sam Heller, de l’International Crisis Group (ICG), le régime cherche notamment à prendre le contrôle de secteurs périphériques du bastion jihadiste.

« Plutôt qu’une offensive intégrale, Damas et Moscou semblent plutôt viser quelques zones spécifiques à la périphérie » d’Idleb, estime-t-il.

La reconquête de secteurs dans l’ouest d’Idleb établirait « plus de distance » entre les jihadistes et les zones sous contrôle gouvernemental.

Cela permettrait aussi à la base militaire russe de Hmeimim, située dans la province de Lattaquié (nord-ouest), d’éviter les attaques à la roquette ou aux drones menées par les jihadistes, selon les experts.

Hmeimim, considérée comme l’un des piliers de la présence militaire russe en Syrie, a fait l’objet ces derniers mois de plusieurs tirs en provenance du bastion jihadiste, selon Moscou.

Mais si une offensive d’envergure est à écarter, la pression s’accentue sur Ankara, pour activer certaines dispositions de l’accord russo-turc qui prévoyaient notamment la réouverture des deux autoroutes traversant Idleb, selon M. Heller.

Il y a notamment la principale autoroute du pays, la « M5 », dont un tronçon échappe au contrôle de Damas. Sa réouverture permettrait de relier la frontière nord avec la Turquie à la frontière sud avec la Jordanie.

Ces dernières années, à la faveur de ses victoires face aux rebelles et aux jihadistes à travers le pays, le régime a réussi à reprendre la majorité de cet axe routier.



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