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Syrie : Russie et Turquie veulent se « coordonner » après le retrait américain

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La Russie et la Turquie ont convenu samedi, au cours de pourparlers à Moscou, de « coordonner » leurs actions sur le terrain en Syrie dans le contexte du retrait annoncé des forces américaines, qui provoque déjà des revirements d’alliances.

La décision de Donald Trump a fait bouger les lignes changeantes d’un conflit dont la complexité n’a cessé de s’accroître depuis 2011 puisque les Kurdes, soutenus par les troupes américaines jusqu’alors et menacés par la Turquie, ont appelé à l’aide l’armée de Bachar al-Assad, qui est entrée vendredi dans une région du nord.

Cette avancée du régime syrien a réjoui son allié russe mais provoqué la colère d’Ankara et c’est dans ce contexte qu’une délégation turque s’est rendue samedi à Moscou pour des discussions réunissant ministres des Affaires étrangères, de la Défense et responsables du renseignement des deux pays.

« Nous sommes tombés d’accord sur le fait que les représentants militaires russes et turcs sur le terrain vont continuer de coordonner leurs actions dans ce nouveau contexte avec pour but d’éradiquer la menace terroriste en Syrie », a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov à l’issue des pourparlers.

« Nous avons discuté de la manière dont nous allons coordonner notre travail en commun dans le contexte » du départ des Américains, a confirmé son homologue turc Mevlüt Cavusoglu. « Nous avons le désir commun de nettoyer le territoire syrien de toute organisation terroriste ».

M. Lavrov s’est dit « optimiste » après ces discussions qui ont notamment impliqué, outre M. Cavusoglu, les ministres turc et russe de la Défense Hulusi Akar et Sergueï Choïgou.

Ces pourparlers interviennent après l’annonce la semaine dernière par le président Donald Trump du retrait des militaires américains de Syrie.

Illustration des revirements d’alliances que cette décision provoque : l’armée de Bachar al-Assad est entrée vendredi dans la région septentrionale de Minbej, en réponse à un appel à l’aide des forces kurdes qui font face à des menaces d’offensive de la Turquie.

C’est la première fois en six ans que les forces syriennes retournent près de Minbej, sur fond de multiplication, avec l’aide cruciale de l’allié russe, des victoires militaires du régime de Damas qui semble sur la bonne voie pour briser son isolement diplomatique.

La Turquie a dénoncé le déploiement près de Minbej de ces troupes, estimant que les forces kurdes n’avaient « pas le droit » de faire appel à elles. Le Kremlin l’a pour sa part jugé vendredi « positif », estimant que cela contribuait à une « stabilisation de la situation ».


Samedi, un correspondant de l’AFP sur place n’a vu aucune trace de troupes syriennes dans la ville même de Minbej mais les forces locales étaient mises en état d’alerte, renforçant leurs contrôles dans cette cité stratégique près de la frontière turque.

– « Accélérer le règlement politique » –

La Russie est avec l’Iran le principal allié du régime de Damas, tandis que la Turquie est un soutien majeur des rebelles. Les trois pays sont les garants du processus de paix d’Astana, mis en oeuvre en janvier 2017 sans implication de Washington et qui a progressivement éclipsé les négociations sous égide de l’ONU.

Ce processus peine cependant à aboutir à un règlement politique d’un conflit qui a fait plus de 360.000 morts depuis 2011.

« Comme par le passé, nous allons poursuivre le travail actif et la coordination avec nos collègues russes et iraniens pour accélérer le règlement politique en Syrie », a assuré M. Cavusoglu.

La Russie et la Turquie ont également promis de coopérer pour favoriser le retour des réfugiés syriens dans leurs foyers et de leur fournir une aide humanitaire, ainsi que de continuer le travail en vue de la création d’une zone démilitarisée à Idleb, le dernier bastion des rebelles en Syrie.

Un sommet sur la Syrie réunissant les présidents russe, turc et iranien est prévu pour début 2019 en Russie, selon Moscou.

Le précédent sommet entre les trois présidents a eu lieu en septembre en Iran. Les divergences entre Vladimir Poutine, Hassan Rohani et Recep Tayyip Erdogan concernant le sort de la province d’Idleb étaient alors apparues au grand jour.

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