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Tania Joya, l’ex-jihadiste qui lutte contre les radicaux

La Britannique Tania Joya se présente comme une « ancienne jihadiste islamiste » qui se consacre désormais à « reprogrammer » les combattants extrémistes pour les réinsérer dans la société.

« Mon but est qu’il aient des remords et de les former à être de bons citoyens après leur sortie de prison pour qu’ils puissent retrouver leurs marques dans la société », explique-t-elle à l’AFP lors d’une visite à Washington pour présenter un projet de prévention de la violence extrémiste.

Née en 1984 près de Londres dans une famille bangladaise musulmane pratiquante, Tania Joya est confrontée au racisme et aux difficultés d’intégration. Elle se radicalise à 17 ans, après les attentats du 11-Septembre et l’appel d’Oussama ben Laden au jihad mondial.

Mariée en 2004 avec un Américain converti, John Georgelas, dit Yahya al-Bahrumi, elle prône un Etat régi par l’islam et dont ses trois enfants seraient les soldats.

Mais en 2013, son mari l’emmène « contre sa volonté » dans le nord-ouest de la Syrie pour rejoindre les rebelles. Elle dénonce son mari aux autorités américaines et s’enfuit au bout de trois semaines pour retourner aux Etats-Unis.

Revenue au Texas, la région d’origine de son époux, elle se détourne de l’islam, change de vie, divorce puis se remarie.

Yahya rejoint le groupe Etat islamique (EI), qui va bientôt contrôler des pans entiers de territoire en Syrie et en Irak. Il dirige la propagande en langue anglaise de l’organisation, dont il devient selon elle « le plus haut responsable américain ».

Jusqu’à sa mort, en 2017, pendant la bataille de Mayadin, dans le nord de la Syrie.

– Psychologie –

Alors que le « califat » autoproclamé de l’EI s’écroule, les pays occidentaux s’inquiètent du retour des combattants étrangers.

Tania Joya « réalise qu’il est important de les déradicaliser, de les réhabiliter ».

« Il faut les reprogrammer, leur donner un sens de l’espoir dans le processus politique », explique cette femme de 35 ans.

Il faut aussi leur expliquer « la psychologie et les méthodes (…) qui les ont conduit à l’extrémisme, le rejet subi en grandissant en Europe ou en Amérique, le conflit culturel, les crises qu’ils ont traversées ».

« Si on leur explique, très logiquement, ils l’accepteront comme je l’ai accepté », assure-t-elle.


Elle est favorable au rapatriement des combattants capturés pour qu’ils soient jugés dans leur pays d’origine. C’est la politique des Etats-Unis, mais des pays européens, dont la France, préfèrent qu’ils soient jugés en Irak. Onze Français y ont ainsi été condamnés à mort en mai et juin pour appartenance à l’EI.

Elle milite aussi pour le retour au Royaume-Uni de Shamima Begum, qui avait rejoint l’EI en 2015 à l’âge de 15 ans, et qui souhaite rentrer à Londres. Mais son absence de remords a choqué l’opinion publique et le gouvernement l’a déchue de sa nationalité britannique.

Les camps du nord-est syrien contrôlé par les Kurdes accueillent quelque 12.000 étrangers, dont 4.000 femmes et 8.000 enfants de jihadistes de 40 pays.

– « Contre-messages » –

Ces pays occidentaux « sont responsables de ces gens, ils ne peuvent pas les laisser au Moyen-Orient, aux mains des Kurdes. Les violences qu’ils subissent dans les camps ne font que confirmer leur foi dans la radicalisation », avance Tania Joya.

Elle participe au programme de prévention de l’extrémisme violent organisé par l’organisation américaine Projet Clarion, pour « empêcher les jeunes de faire les erreurs que moi et mon mari avons faites ».

Le programme met en place « des modèles de communication » et des « contre-messages » à destination des jeunes « pour éviter qu’ils deviennent la proie de l’extrémisme religieux et idéologique », explique à l’AFP Shireen Qudosi, la coordinatrice nationale du programme.

« Cela va des gangs, les idéologues radicaux, les groupes néo-nazis et antifascistes, à l’extrémisme islamiste », souligne-t-elle.

Raheel Raza, présidente de l’Association canadienne des musulmans face à l’avenir, est convaincue que « personne ne naît extrémiste violent, on est fabriqué, manipulé, c’est une idéologie, juste des idées ».

Il faut donc « empêcher ces idées d’infecter les jeunes », insiste-t-elle.

Elle souligne que la tactique de recrutement des suprémacistes blancs et des islamistes « est la même »: intégrer des jeunes « vulnérables » dans une « confrérie ».

Shireen Qudosi compare les deux idéologies à « deux feux qui s’alimentent mutuellement », comme avec l’attentat de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, où un extrémiste australien avait tué 51 fidèles en mars dans deux mosquées.



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