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Theresa May, un destin brisé par le Brexit

C’est une Theresa May brisée qui quitte vendredi la tête du Parti conservateur, elle qui comptait marquer l’Histoire comme la dirigeante ayant réussi à sortir le Royaume-Uni de l’Union européenne.

Mais le 24 mai, proche des larmes devant le 10 Downing Street, elle a jeté l’éponge, après des mois au bord du gouffre, entre décomposition de son gouvernement et appels à démissionner.

Si Mme May, 62 ans, reste encore officiellement Première ministre en attendant l’élection de son successeur par les Tories, elle n’aura plus la main sur les dossiers, et en particulier sur celui du Brexit, qui a phagocyté son mandat.

A son arrivée comme cheffe du gouvernement en juillet 2016, au lendemain du référendum qui a décidé de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, elle avait pourtant de quoi rassurer les Britanniques.

Qui mieux que cette fille de pasteur, sans charisme mais à la réputation de bûcheuse, pour conduire le Royaume-Uni, sorti meurtri et divisé de la campagne référendaire, à travers une des périodes les plus délicates de son histoire ?

Mais trois ans plus tard, et alors que le pays aurait dû quitter l’UE le 29 mars, il continue de se déchirer, avec un parlement incapable de se mettre d’accord sur ses futurs liens avec le continent et un peuple divisé.

Détricoter plus de quarante ans de liens avec l’UE n’avait rien de facile, dit à l’AFP Simon Usherwood, politologue de l’Université de Surrey. Mais Mme May « n’a pas vraiment eu la meilleure approche » en choisissant de ne s’appuyer que sur son parti, en particulier sa branche la plus déterminée à couper tout lien avec l’UE.

Pour Tim Bale, professeur de sciences politiques à l’Université Queen Mary de Londres, elle a péché « par refus de réalisme », en refusant une « approche transpartisane », en particulier après son échec aux élections générales de 2017, qu’elle a convoquées galvanisée par de bons sondages mais qui lui ont coûté sa majorité absolue. Elle a été dès lors contrainte de s’allier avec le petit parti unioniste ultra-conservateur nord-irlandais DUP, qui a dicté ses exigences sur le Brexit.

– « Maybot » –

« C’est elle qui a rendu le job impossible », estime Tim Bale. « Difficile d’imaginer quelqu’un qui aurait pu faire pire qu’elle ».


Les éditorialistes ne sont guère plus tendres avec celle qu’ils surnomment « Maybot », une contraction de « May le robot », pour sa froideur lors de ses interventions publiques, au cours desquelles elle répète souvent mécaniquement le même discours.

Début avril, la dirigeante a fini par tendre la main au principal parti d’opposition, le Parti travailliste, pour trouver un consensus. Mais le chef du Labour, Jeremy Corbyn, n’était pas vraiment prêt à l’aider à sortir de ce mauvais pas et les discussions ont capoté.

Comble du reniement, elle a dû organiser des élections européennes.

« L’Histoire ne retiendra pas d’elle une image favorable », estime Simon Usherwood, soulignant le « peu de résultat à son actif ».

Ce n’est pas faute d’ambition pour cette femme qui derrière sa timidité apparente rêvait dès l’adolescence de faire de la politique et de devenir la première femme chef de gouvernement du Royaume-Uni.

Margaret Thatcher lui souffle ce titre, mais elle devient la première femme secrétaire générale du Parti conservateur de 2002 à 2003. A ce poste, elle s’illustre lors d’un discours en appelant les Tories, alors marqués très à droite, à se débarrasser de leur image de « nasty party » (« parti des méchants »).

Après avoir soutenu David Cameron dans sa conquête du parti en 2005, elle hérite du portefeuille de l’Intérieur lorsqu’il arrive à Downing Street en 2010. Elle reste six ans à ce poste exposé, dans lequel elle s’illustre par sa gestion ferme de l’immigration.

En 2016, elle lui succède. Après s’être prononcée du bout des lèvres pour le maintien dans l’UE, elle épouse immédiatement le résultat du référendum et affirme: « Désormais nous sommes tous des Brexiters ».



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