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Transfert d’argent au Congo : le diktat des sociétés de téléphonie

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Jusqu’ici bien connues dans le transfert du crédit téléphonique, les deux sociétés de téléphonie en République du Congo, MTN et Airtel, ont sans crier gare montré une autre facette de leurs activités en investissant le créneau du transfert d’argent. Le déploiement est tel qu’elles sont en passe d’avoir le monopole du secteur.Au grand dam des sociétés traditionnelles qui crient à la concurrence déloyale et appellent l’Etat à freiner l’ardeur de leurs rivales.

Pour mener cette opération que plusieurs Congolais décrivent comme un success-story, les deux sociétés de téléphonie ont ciblé les jeunes filles et garçons en chômage à qui ils ont proposé la gestion de kiosque. Ainsi, à l’activité traditionnelle de transfert de crédit, ils pourront y joindre celle de transfert d’argent.     

Une révolution car jusqu’ici, cette opération se faisait uniquement via « Mawouné », « Charden Farrel » et autres « Horty service », des sociétés n’ayant rien à voir avec la téléphonie

Misant sur leurs 3,5 millions d’abonnés –la population  du pays est d’environ 4,6 millions d’habitants–, MTN et Airtel inondent les grandes artères de Brazzaville, la capitale, de kiosques. Ainsi, on ne peut faire aujourd’hui 50 mètres à Brazza sans tomber sur un kiosque jaune (MTN-Money) ou rouge (Airtel-Congo).

Face à cette offre omniprésente, favorisée par la rapidité et la sûreté que confère l’électronique, les Congolais ont tôt fait d’affluer vers les kiosques pour l’envoi ou la réception de leur argent.   

« Le transfert à travers la téléphonie mobile me satisfait en ce qu’il est rapide et se déroule dans la ville (ndlr, Brazzaville) et au-delà, contrairement aux sociétés d’avant » qui ne faisaient pas de telles opérations, déclare Nganga André, trouvé en train d’envoyer de l’argent à sa femme

Parti de chez lui sans le sou, il s’est fait dépanner par un ami et aussitôt il a filé ventre à terre au kiosque le plus proche pour envoyer à sa femme de quoi préparer le déjeuner. Visiblement soulagé, il lâche dans un sourire : « je viens de l’envoyer à madame. Avant, cela n’était pas possible ; il fallait revenir à la maison pour cela. Aujourd’hui sans moindre frais on le fait par le canal de la téléphonie mobile, c’est une bonne chose ».


Autant les clients comme Nganda sont satisfaits, autant les tenanciers des kiosques bénissent le ciel pour avoir trouvé un travail rentable.   « Avec ce transfert d’argent couplé au transfert de crédit, j’ai un gain qui me permet de joindre les deux bouts et d’entretenir ma petite famille », confie Claude Mbani.

Plus volubile sur la manière dont elle s’en tire, Arlette Biyoudi, une jeune fille détentrice d’un kiosque Airtel Money, explique qu’à chaque envoi  elle perçoit 0,25% du montant contre 1% quand il s’agit d’un retrait. Mis bout à bout, ces pourcentages rapportent un pactole aux gérants de kiosque, souligne Arlette, révélant que « dés 8h » à l’ouverture de son échoppe, elle est assaillie de clients dont le défilé continue  « jusqu’à 18 heures voire 20 heures ».

Ce rush vers les kiosques des sociétés de téléphonie est vu d’un mauvais œil par les sociétés traditionnelles de transfert dont les affaires ne marchent plus. Pour ce responsable de « Charden Farrel »,  la situation est telle que sa «société ne réalise plus les mêmes bénéfices depuis l’apparition de ces transferts» d’argent new look.

Ce marasme est, selon lui, imputable pour une grande partie à l’Etat qui fait preuve de « laxisme » à l’égard de la méthode peu cavalière dont les sociétés de téléphonie se sont accaparées de l’envoi et du retrait d’argent des Congolais.

Face au tollé, le gouvernement est monté au créneau pour sommer  MTN-Congo et Airtel Money de réglementer leurs nouvelles activités en vue d’une saine concurrence dans le transfert d’argent au Congo.

Entre autres rappels signifiés aux deux opérateurs, l’achat de leurs cartes SIM ne se fera plus dans l’anonymat et tout client devra obligatoirement se faire identifier.



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