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Un an après la « victoire », des racines de l’EI poussent toujours en Irak

Comme en Syrie aujourd’hui, l’Irak a déclaré, il y a plus d’un an, la « victoire » sur le groupe Etat islamique (EI). Pour autant, ses affidés continuent de tuer et de poser des bombes dans un pays où le terreau du jihadisme reste fertile.

Outre l’aspect militaire, le retour des 1,8 million d’Irakiens toujours déplacés, les centaines de procès « expéditifs », la misère sociale, les traumatismes créés par la succession de conflits et les profonds clivages entre communautés sont autant de fléaux qui ne seront pas réglés avant des années, préviennent les défenseurs des droits humains, qui redoutent que les radicaux recrutent parmi les laissés-pour-compte.

Défait militairement, le groupe ultra-radical qui s’était emparé en 2014 de près d’un tiers de l’Irak –et de vastes pans de la Syrie– ne tient plus aujourd’hui aucun territoire habité. Mais il n’a pas pour autant perdu son pouvoir de nuisance, dans un pays qui attend une reconstruction évaluée à 88 milliards de dollars.

– Zones inaccessibles –

Terrés dans des zones montagneuses ou désertiques, ses hommes disposent encore d’abris inaccessibles aux forces de sécurité, cinq ans après le début de la contre-offensive.

« Tous les jours, il y a des opérations contre les cellules dormantes », affirme à l’AFP le général Najm al-Joubouri, commandant des opérations dans la province septentrionale de Ninive, dont fait partie Mossoul qui fut la « capitale » de l’EI en Irak.

La coalition internationale anti-EI continue également de mener des frappes en Irak, alors que les défis sont énormes: il faut sécuriser plus de 600 kilomètres de frontière avec la Syrie dans le désert, contrôler des zones montagneuses disputées par les Kurdes ou empêcher des infiltrations via les voies de contrebande.

Au gré des affrontements et des fouilles depuis la reprise de Mossoul, les troupes ont arrêté « 2.500 terroristes », indique le général Joubouri. Les forces irakiennes annoncent également régulièrement avoir tué des jihadistes dans des combats.

Mais elles perdent aussi des troupes dans des attaques.

Dans la seule province de Kirkouk, au nord de Bagdad, les jihadistes « ont mené 55 attaques à la bombe contre la police et endommagé plusieurs fois des installations électriques », dit à l’AFP le général Saker Kawin, de la police fédérale.

Des jihadistes y ont également abattu ces six derniers mois une dizaine de chefs de village, selon des responsables locaux.

Le long de la frontière, des combattants de l’EI, pris en étau entre forces irakiennes et syriennes, tentent régulièrement des incursions.

Si les forces irakiennes les repoussent souvent, « dans certains endroits, ils naviguent sans difficulté, avec armes et véhicules, (…) dans des oueds désertiques et des zones accidentées », indique une source de sécurité.

Car les troupes irakiennes n’ont toujours pas mis le pied dans certaines zones qui leur échappent depuis bien avant l’arrivée de l’EI.


Ces anciens repaires d’Al-Qaïda ou des insurgés anti-Américains après l’invasion de 2003 recèlent des tunnels pour mettre combattants et arsenaux à l’abri des raids aériens.

D’autres zones sont également inaccessibles, cette fois à leurs habitants. Reprises par des groupes paramilitaires, elles sont encore tenues par ces forces, qui empêchent les communautés locales d’y revenir en les accusant d’avoir coopéré avec l’EI.

– « Vengeance partout » –

Ces familles survivent toujours dans des camps de déplacés, un casse-tête pour les autorités qui commencent à fermer ces structures.

Parmi ces déplacés, certains pourraient rentrer mais s’y refusent face à l’ambiance de suspicion généralisée: « la vengeance est partout et c’est ce qui (les) inquiète », explique à l’AFP Razaw Salihy, en charge de l’Irak pour Amnesty International.

« Ils ne font pas confiance à leur propre famille », alors que l’appartenance à l’EI est devenue « un joker » qu’on peut sortir à tout moment « pour des différends familiaux ou de voisinage », poursuit-elle.

Alors que l’ONU enquête sur les possibles « génocide », « crimes de guerre » et « crimes contre l’Humanité » de l’EI, Amnesty a aussi dénoncé l’exploitation sexuelle des femmes soupçonnées de liens avec le groupe ultra-radical dans les camps.

« Les enfants n’oublieront pas que leurs mères ou leurs familles ont été humiliées », prévient Mme Salihy, qui qualifie cette génération de « bombe à retardement ».

A cela s’ajoutent les centaines de procès, expéditifs après des aveux obtenus sous la torture selon les défenseurs des droits humains, ainsi que les maux traditionnels de l’Irak, en tête desquels la corruption et la pauvreté endémiques.

Quant aux déplacés rentrés chez eux, à l’image d’Oulo Racho, commerçant yazidi de 45 ans, ils sont loin d’avoir retrouvé leur vie d’avant.

« Certes, on a été libérés, mais on n’a toujours aucun service, pas d’hôpital, aucune activité », se lamente-t-il devant son échoppe déserte du nord irakien.

Certains commencent même à soupirer: « au moins sous l’EI, on avait à manger », affirme Mme Salihy.



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