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Venezuela: au Parlement, Guaido sollicite une deuxième chance contre Maduro

Le Parlement vénézuélien, unique institution contrôlée par l’opposition à Nicolas Maduro, élit dimanche son président pour 2020, un poste auquel Juan Guaido se dit certain d’être reconduit, ce qui lui permettra de continuer son « combat », jusque là infructueux, pour évincer le chef d’Etat socialiste.

Le vote des 167 députés est crucial pour le jeune opposant. C’est en vertu de son statut de président du Parlement unicaméral qu’il s’était proclamé président par intérim du Venezuela le 23 janvier 2019, engageant un bras de fer avec le pouvoir chaviste qui dure toujours.

Pour Juan Guaido, l’héritier politique d’Hugo Chavez est un « dictateur » qui « usurpe » la fonction de chef de l’Etat depuis la présidentielle « frauduleuse » de 2018. Il le rend responsable de l’effroyable crise économique et sociale que traverse le pays.

Sa reconduction au perchoir lui permettra de continuer à se prévaloir du titre de président par intérim que lui reconnaît une cinquantaine de pays, dont les Etats-Unis.

Les députés doivent commencer à voter à 11H00 (15H00 GMT).

Mais des élus de province qui logeaient dans un hôtel de Caracas ont affirmé dimanche matin avoir été « intimidés » par des agents des services de renseignement (Sebin) qui les ont évacués de leurs chambres dans la nuit pour répondre à une « alerte à la bombe ». « L’objectif était clair: intimider », s’est indigné le député d’opposition Angel Medina.

En principe, la présidence de l’hémicycle change de titulaire chaque année. Mais les députés de l’opposition au président socialiste, majoritaires à l’Assemblée nationale, se sont mis d’accord pour que Juan Guaido soit reconduit et poursuive son « combat ».

Malgré le soutien de l’administration Trump, qui a pris une kyrielle de sanctions contre Nicolas Maduro et son entourage, l’opposant de 36 ans n’a pas atteint l’objectif proclamé début 2019 de « mettre fin à l’usurpation » et d’organiser une présidentielle « libre et transparente ».

Sa popularité est passée de 63% début 2019 à 38,9% aujourd’hui, selon une enquête du cabinet Datanalisis.

Les manifestations anti-Maduro attirent de moins en moins de Vénézuéliens et les pourparlers avec le gouvernement organisées sous l’égide de la Norvège ont fait long feu, tout comme l’appel au soulèvement lancé par Juan Guaido le 30 avril à l’armée.

L’état-major — clef de voûte du système politique vénézuélien — est en effet toujours loyal à Nicolas Maduro qui continue de jouir de l’appui de la Russie, de Cuba et de la Chine.

-« Perspectives sombres »-


Pour être réélu président du Parlement, Juan Guaido a besoin d’au moins 84 suffrages. Dans un communiqué adressé à « la communauté internationale » vendredi, il a fait part de sa certitude « d’être confirmé » dans ses fonctions.

L’opposition dispose de 112 sièges depuis les législatives de 2015. Mais les batailles intestines se sont multipliées et, surtout, une trentaine de députés se sont exilés ou réfugiés dans des ambassades pour échapper aux poursuites lancées contre eux par le pouvoir.

En outre, Juan Guaido affirme que des « pots-de-vin » ont été distribués à des parlementaires pour qu’ils ne votent pas en sa faveur.

Il dit malgré tout disposer de « plus de votes qu’il n’en faut ».

Pour surmonter le problème des députés qui seront absents dimanche, le Parlement a adopté le 17 décembre une réforme qui permet la « participation virtuelle » par voie électronique aux votes. Mais deux jours plus tard, la Cour suprême, que l’opposition accuse d’être aux ordres du pouvoir, a annulé cette réforme.

De manière générale, la Cour suprême frappe de nullité la totalité des décisions prises par le Parlement depuis trois ans. Dans la pratique, le travail législatif est effectué depuis 2017 par une Assemblée constituante uniquement composée de chavistes.

Malgré cette offensive du pouvoir destinée à « neutraliser l’Assemblée nationale et aller au conflit », le politologue Luis Vicente Leon estime que la réélection de Juan Guaido est le « scénario le plus probable ».

Cette étape passée, « les perspectives pour l’opposition sont sombres » cette année, estime David Smilde, spécialiste du Venezuela à l’université américaine de Tulane.

En 2020, la législature arrive à son terme et des législatives doivent avoir lieu. Mais Juan Guaido et les partis qui le soutiennent affirment vouloir boycotter le scrutin car il est organisé par le gouvernement.

L’opposition, déjà très divisée dans sa marche contre Nicolas Maduro, va donc devoir se mettre d’accord sur « une stratégie claire et consensuelle », au risque d’être « balayée du Parlement, unique institution où elle a la majorité », prévient David Smilde.


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