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Venezuela: « Comment lutter avec la faim au ventre? », dénonce un chaviste

Chaque jour, Omar s’enchaîne aux grilles d’une cathédrale du Venezuela pour protester contre la corruption du gouvernement et le manque de nourriture et de médicaments. « Comment lutter avec la faim au ventre? », s’interroge ce fervent défenseur de la révolution bolivarienne.

Face à la basilique de Barquisimeto (ouest), Omar Monrroy, 70 ans, une grosse chaîne autour du cou et de la taille, se dit prêt à monter au front pour défendre le projet du défunt président socialiste Hugo Chavez (1999-2013).

Mais ce barbu aux grandes lunettes concède dans la foulée qu’il ne pourrait pas aller bien loin, faute de médicaments disponibles dans le pays pour traiter sa maladie coronarienne.

La pénurie de nourriture et de médicaments a poussé 2,3 millions de personnes à fuir le Venezuela depuis 2015, selon les Nations unies.

« Je voudrais aller à l’avant-garde, (mais) je ne vais même pas arriver à l’arrière-garde », déclare-t-il à l’AFP.

Lassé de faire d’interminables queues pour tenter de trouver son traitement, cet homme a décidé de protester à sa façon. Il arrive tôt devant le moderne édifice religieux, accroche les panneaux avec ses revendications aux grilles, avant de s’y enchaîner.

Il y reste huit heures, durant lesquelles il lit, entre autres. En ce moment, il parcourt « La révolution à l’intérieur de la révolution: regard sur la situation de la femme dans la Cuba socialiste », écrit par l’actuel chef de l’Etat Nicolas Maduro.

Parfois, les piétons s’arrêtent pour échanger avec lui. Beaucoup pensent qu’il est dérangé.

Mais il n’en est rien, se défend Omar. Lui se dit « en lutte » contre la corruption qui, estime-t-il, entoure les programmes sociaux de Nicolas Maduro.

L’an dernier, les habitants de son quartier à Barquisimeto, Valles de Uribana, ont payé pour que le gouvernement leur distribue des aliments à des prix subventionnés, dans le cadre d’un programme appelé CLAP, pour Comités locaux d’approvisionnement et de production.

Les 400 cartons de nourriture ne sont jamais arrivés et personne n’a revu l’argent.


– « La guerre » –

« Je n’ai pas de nourriture pour défendre la révolution. Je n’ai même pas d’eau! », se plaint le vieil homme, une affiche de la dernière campagne électorale du président Maduro dans son dos. Dessus, il a écrit sa version de l’acronyme CLAP: « Cuerda (grupo) de Ladrones, Arrogantes, Pedantes » (Groupe de voleurs, arrogants et pédants).

A l’image du reste du pays, les habitants de Barquisimeto subissent régulièrement des coupures d’eau et d’électricité.

Ces dernières semaines, le Venezuela traverse une des plus graves crises de ces dernières années: deux hommes se disputent le pouvoir, l’opposant Juan Guaido, qui s’est autoproclamé le 23 janvier président par intérim et est désormais soutenu par une quarantaine de pays, dont les Etats-Unis, et Nicolas Maduro, qui dénonce une plan de Washington pour le faire chuter.

Le chef de l’Etat socialiste se refuse à laisser entrer l’aide humanitaire (nourriture et médicaments), envoyée à la demande de M. Guaido, car il y voit le prélude à une intervention militaire.

« La guerre, elle n’est pas contre Donald Trump, elle est ici, contre les chavistes purs et durs qui sont en train de voler », juge Omar, en référence à ceux qui, en lien avec le pouvoir, sont corrompus.

Nicolas Maduro, qui met en garde contre le risque de « guerre civile » s’il est renversé, a dénoncé la corruption au sein du chavisme, son mouvement politique, lors de différents discours ces derniers mois.

Omar lui demande de passer de la parole aux actes.

« Si toi, qui es (dans le palais présidentiel de) Miraflores, tu en as marre. Comment peut se sentir ton peuple? », lance-t-il à l’attention du chef de l’Etat.

Omar se dit toujours chaviste, mais sa « guerre » est ailleurs: « Je me bats pour mes médicaments, pour ma nourriture, contre un Etat indolent (…), corrompu. Où que l’on regarde, il y a de la corruption ».



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