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Washington prêt à aider pour rapatrier de Syrie les jihadistes étrangers, mais le temps presse

Les Etats-Unis sont prêts à aider les pays qui, comme la France, envisagent de rapatrier leurs jihadistes détenus en Syrie, mais haussent le ton: le temps presse et ce n’est pas à Washington de trouver les solutions.

« Le créneau » pour organiser leur retour « avec le soutien des Etats-Unis est en train de se refermer rapidement », a déclaré à l’AFP un responsable américain sous couvert de l’anonymat. « Nous appelons tous les pays à passer à la vitesse supérieure et à assumer la responsabilité de leurs ressortissants partis en Syrie pour combattre avec l’Etat islamique » (EI), a-t-il ajouté.

L’annonce soudaine par Donald Trump, en décembre, d’un prochain retrait militaire américain de Syrie a déclenché un compte à rebours pour les gouvernements dont des ressortissants, après avoir rejoint l’EI, ont été arrêtés par les Kurdes des Forces démocratiques syriennes (FDS), alliées des Occidentaux dans la lutte contre le groupe jihadiste.

Et la minuterie s’est encore accélérée cette semaine avec l’assaut du dernier réduit syrien de l’EI: lorsque la coalition menée par les Etats-Unis déclarera avoir repris 100% des territoires jadis aux mains de l’organisation, la Maison Blanche devrait sonner le départ effectif de ses troupes.

Le risque serait gros, dès lors, de voir les « combattants terroristes étrangers », comme les appelle l’administration américaine, échapper au contrôle des Kurdes qui les détiennent et représenter à nouveau une menace.

Plusieurs pays qui avaient fait le choix de laisser ces jihadistes sous le verrou des FDS, comme la France, sont confrontés à un casse-tête diplomatique, juridique, logistique et politique: comment rapatrier ces suspects détenus dans une zone de guerre par des forces et dans des régions qui ne sont pas reconnues comme un Etat, le tout sous l’oeil méfiant d’une opinion publique encore marquée par la vague d’attentats des derniers années?

Malgré les difficultés, et sous la pression de Washington, certains gouvernements, dont la France, semblent se résoudre à ces retours.

– Avions américains –

Depuis une dizaine de jours, l’administration Trump appelle ses alliés à ramener leurs ressortissants à la maison.

« Rapatrier les combattants terroristes étrangers dans leurs pays d’origine et les inculper est la meilleure manière d’éviter qu’ils regagnent le champ de bataille », dit à l’AFP le coordinateur du contreterrorisme au département d’Etat américain, Nathan Sales.


En tout, plusieurs centaines de jihadistes étrangers, probablement autour de 800, sont aux mains des Kurdes en Syrie, auxquels s’ajoutent les femmes non combattantes et les enfants, également en attente d’un rapatriement. La Tunisie, le Maroc, l’Arabie saoudite, la Turquie et la Russie sont en première ligne, tout comme, côté européen, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne et la Belgique.

La diplomatie américaine a vu dans les ouvertures du gouvernement français un signe de sa volonté de discuter, en coulisses, des modalités de l’opération retour. Et à Paris, une source proche du dossier a confirmé à l’AFP qu’un rapatriement par des avions de l’armée américaine des ressortissants français — plus d’une centaine, dont une majorité de mineurs — détenus par les FDS était une hypothèse « fortement envisagée ».

Le commandant des forces américaines au Moyen-Orient a reconnu début février que les Etats-Unis avaient la « responsabilité » de « faciliter » cette phase délicate. « On peut trouver des accords », a glissé le général Joseph Votel.

Washington, qui a déjà organisé des vols depuis la Syrie pour accompagner des jihadistes vers la justice de leur pays, est prêt à envisager plusieurs pistes logistiques pour s’adapter aux contraintes juridiques et politiques de chaque gouvernement, quitte à faire étape dans un Etat tiers si nécessaire.

Mais alors que les tractations semblent s’enliser, et que certains envisagent des ponts aériens ou des opérations coordonnées sous la houlette américaine, l’administration Trump pourrait se montrer moins conciliante.

« Ce n’est pas la responsabilité des FDS ou des Etats-Unis de trouver des solutions pour les centaines de combattants terroristes étrangers détenus par les FDS », martèle l’ambassadeur Sales, appelant les pays à « ne pas attendre que d’autres résolvent le problème à leur place ».

Pour le responsable américain ayant requis l’anonymat, « monter des opérations de rapatriement, ce n’est pas aussi simple qu’envoyer un avion dans un aéroport du nord-est de la Syrie, le remplir de combattants et les conduire dans leur pays d’origine ». Il énumère les « problèmes techniques et logistiques »: déterminer avec certitude la nationalité de chaque jihadiste, regrouper les détenus, obtenir les autorisations de survol et coordonner tous les acteurs impliqués.

Avec une condition incontournable: « les Etats-Unis n’entendent sous aucun prétexte, pendant ces opérations, assumer la garde des combattants terroristes étrangers ».

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