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Yémen: des habitants de Hodeida redoutent un siège de la ville

Dans la ville de Hodeida, au coeur d’une guerre d’usure entre rebelles et forces progouvernementales yéménites, Mohammed craint que sa famille ne soit prise au piège des combats, mais ne se résout pas à partir.

Père d’une fille de 11 mois, Mohammed vit dans le quartier de Dahmiya, à environ trois kilomètres d’une zone où les rebelles Houthis, soutenus par l’Iran et qui contrôlent Hodeida, se sont affrontés aux forces progouvernementales appuyées par l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis.

Depuis le 1er novembre, l’alliance antirebelles a réussi quelques percées dans cette ville portuaire de l’ouest du Yémen, mais les Houthis leur ont opposé une farouche résistance au milieu de combats meurtriers.

« J’ai perdu mon emploi à cause de la guerre », explique Mohammed, 30 ans, qui était représentant pharmaceutique il y a encore quelques semaines. Il dit avoir été licencié en raison des affrontements qui paralysent sa ville.

« Mais je n’envisage pas de partir. J’attendrai que ça soit fini et je retrouverai du travail. Ce dont j’ai le plus peur, c’est que la guerre continue, que nous soyons piégés ici et que nous ayons du mal à nous procurer de l’eau, de la nourriture, des médicaments ».

Hodeida abrite un grand port, point d’entrée de plus de trois-quarts des importations du Yémen et d’une aide humanitaire internationale vitale pour une population exsangue après quatre années de guerre et désormais menacée par une grande famine.

Le port est sous le contrôle des Houthis, des combattants aguerris issus de la minorité zaïdite (branche du chiisme) et qui se sont emparés fin 2014 de vastes pans du territoire, dont Hodeida et la capitale Sanaa.

L’Arabie saoudite et ses alliés sont intervenus en mars 2015 en soutien au gouvernement yéménite mais cette coalition n’a pas remporté jusqu’ici de victoire militaire majeure dans les parties ouest et nord du pays.

– « Quand la guerre prendra fin? » –

Les habitants de Hodeida n’aiment pas parler de politique, du moins avec les journalistes: pas de déclarations d’allégeance, de résistance ou de disposition à se battre.

« La seule chose dont nous parlons, c’est du moment où cette guerre prendra fin et de la manière dont elle se terminera », déclare Loubna, qui vit dans le sud de Hodeida.

Elle est terrifiée, dit-elle, à l’idée d’une attaque sur le port ou sur la seule grande route –vers le nord– qui reste pour entrer ou sortir de la ville.


« Nous avons peur des pénuries alimentaires », ajoute-t-elle.

Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a averti que la destruction du port de Hodeida aurait des conséquences « catastrophiques ».

Des livraisons d’aide continuent de parvenir au port de Hodeida après des inspections effectuées au large par la coalition sous commandement saoudien, mais elles doivent ensuite parcourir un long voyage vers d’autres parties du Yémen.

En raison des combats, certaines routes autour de Hodeida ont été minées par les rebelles ou bloquées par des combattants progouvernementaux.

Les Houthis ont accusé la coalition sous commandement saoudien d’avoir mené deux frappes aériennes lundi à l’entrée Est du port. Un petit bâtiment a été touché, selon des sources concordantes, mais « le port fonctionne normalement », a dit mardi à l’AFP le directeur adjoint du port Yahya Sharafeddine.

Dans plusieurs quartiers de Hodeida, des habitants disent que les rebelles ont bloqué des rues et des avenues avec des conteneurs ou de grands blocs de béton, sans parler des tranchées, des sacs de sable et des toits de bâtiments où sont postés des snipers.

Lorsque la coalition antirebelles a lancé en juin l’offensive pour reprendre Hodeida, des milliers de personnes ont fui cette ville qui comptait autrefois plus de 600.000 habitants.

Quand une pause dans les combats a été annoncé en août, certains sont revenus. Beaucoup le regrettent maintenant.

« On a vraiment peur. Cette fois, les combats sont pires que tous les autres », affirme Najwa qui vit dans l’ouest de Hodeida avec sa mère et ses frères.

« Nous sommes proches du port, qui sera tôt ou tard une cible. On a peur de sortir dans la rue », confie-t-elle.

« Je ne veux pas repartir », dit Hanaa, 36 ans, une autre habitante de Hodeida. « Ni moi, ni mes enfants ne voulons retourner dans une ville où nous n’avons rien ».



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