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Yémen: l’émissaire de l’ONU veut des observateurs internationaux au plus vite

L’envoyé spécial de l’ONU pour le Yémen, Martin Griffiths, a réclamé vendredi au Conseil de sécurité la création formelle au plus vite d’un « régime de surveillance » au Yémen pour contrôler l’accord survenu la veille sur le port de Hodeida, porte d’entrée de l’aide humanitaire dans le pays.

« Un régime de surveillance robuste et compétent n’est pas seulement essentiel. Il est urgemment indispensable. Et les deux parties nous ont dit qu’elles l’accepteraient », a déclaré l’émissaire lors d’une liaison vidéo depuis la Jordanie.

« Permettre à l’ONU d’avoir un rôle dirigeant dans les ports est un premier pas vital. Nous devons voir cela arriver dans les jours qui viennent », a-t-il insisté, alors qu’un projet de résolution est en cours de discussion entre les membres de l’ONU, avec une adoption envisagée dans le courant de la semaine prochaine.

« L’ONU aura un rôle dirigeant pour aider à la gestion et aux inspections des ports sur la mer Rouge de Hodeida, Salif et Ras Issa », a précisé Martin Griffiths.

Selon des diplomates, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres pourrait proposer prochainement au Conseil de sécurité un mécanisme de surveillance du port et de la ville de Hodeida comprenant de 30 à 40 observateurs.

Il n’est pas exclu que des pays envoient quelques observateurs sur le terrain « en mission de reconnaissance » avant l’adoption formelle d’une résolution, ont indiqué des diplomates. L’un d’entre eux à évoqué le Canada et les Pays-Bas comme pays d’origine possibles.

Martin Griffiths a annoncé à ce sujet que le général néerlandais Patrick Cammaert, qui a notamment été dans le passé en poste pour l’ONU en République démocratique du Congo, avait accepté de prendre la tête du futur mécanisme de supervision de l’ONU au Yémen. Il est attendu avec impatience « au milieu de la semaine prochaine dans la région », a indiqué l’émissaire onusien.

– Incertitude –

L’ONU a obtenu jeudi une trêve dans plusieurs régions dévastées du Yémen, pays au bord de la famine, à l’issue de consultations de paix en Suède qui ont permis un compromis âprement négocié.


Aux termes de l’accord, un cessez-le-feu « immédiat » doit entrer en vigueur à Hodeida (ouest), principal front du conflit et port de la mer Rouge par lequel transite l’essentiel des aides humanitaires et importations. Le retrait des combattants devrait intervenir dans les « prochains jours ».

Selon une source diplomatique, un mécanisme de surveillance de la cessation des hostilités à Hodeida « peut fonctionner ». « Est-ce qu’il va fonctionner? Nous ne savons pas ».

Interrogée sur le précédent tenté par l’ONU en Syrie en 2017 pour la ville d’Alep –quatre mois de présence d’observateurs impuissants qui ont fini par battre en retraite–, cette source a fait valoir que les belligérants dans ce pays n’avaient pas été, au contraire du Yémen, des parties prenantes à ce déploiement décidé par la seule communauté internationale.

« Des millions de Yéménites continuent de chercher désespérément de l’aide et de la protection », a affirmé vendredi au Conseil de sécurité le secrétaire général adjoint de l’ONU pour les Affaires humanitaires, Mark Lowcock.

Ce responsable alerte depuis des mois le Conseil de sécurité sur une situation gravissime au Yémen, en guerre depuis 2014. En début de semaine, il avait affirmé que l’ONU était en quête de quatre milliards de dollars pour fournir en 2019 de l’aide humanitaire à quelque 20 millions de Yéménites, soit 70% de la population.

Après l’accord conclu en Suède, « des progrès sont absolument possibles », mais « nous avons besoin de beaucoup plus à ce sujet maintenant », a souligné M. Lowcock au Conseil de sécurité.

Si un accord a été obtenu sur le port de Hodeida entre le gouvernement yéménite, soutenu par une coalition arabe dirigée par l’Arabie saoudite sunnite, et les rebelles Houthis, appuyés par l’Iran chiite, plusieurs points de blocage demeurent.

Aucun accord n’a en effet été trouvé sur le redressement de l’économie yéménite, ni sur la réouverture de l’aéroport de la capitale Sanaa. Contrôlé par les rebelles et fermé depuis trois ans, il fait de facto l’objet d’un blocus par la coalition progouvernementale, qui reste maître du ciel.

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