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Yémen: Pompeo et Mattis tentent de convaincre le Congrès de rester aux côtés de Ryad

Le gouvernement américain a tenté mercredi de convaincre un Congrès de plus en plus réticent de rester aux côtés de l’Arabie saoudite dans la guerre au Yémen, malgré les soupçons qui pèsent sur Ryad après le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi.

Le Sénat américain pourrait tenir dès mercredi un premier vote sur une résolution bipartisane prévoyant l’arrêt du soutien militaire américain à la coalition sous commandement saoudien qui combat les rebelles Houthis depuis près de quatre ans au Yémen, en proie à la pire crise humanitaire de la planète selon l’ONU.

Devant cette pression accrue, le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo et le ministre de la Défense Jim Mattis ont défendu l’alliance avec Ryad lors d’une session à huis clos du Sénat.

Les deux ministres ont fait le point sur ce que sait l’administration de Donald Trump au sujet de l’assassinat de Jamal Khashoggi début octobre au consulat saoudien à Istanbul, mais les informations à ce sujet sont confidentielles.

« Je crois avoir lu tous les éléments du renseignement », « il n’y a aucun élément direct liant le prince héritier à l’ordre de tuer Jamal Khashoggi », a dit à la presse Mike Pompeo après avoir été auditionné.

Selon plusieurs médias américains, la CIA estime que l’assassinat a été commandité par le prince Mohammed ben Salmane, surnommé MBS, mais Donald Trump avait déjà dit que l’agence de renseignement extérieure n’était parvenue à aucune conclusion définitive.

De nombreux sénateurs, démocrates comme républicains, ont déploré que la directrice de la CIA Gina Haspel ne soit pas venue en personne leur présenter les preuves dont elle dispose. Selon un participant, c’est à la demande de la Maison Blanche qu’elle n’a pas répondu à l’invitation des élus.

Jusqu’à présent, le président des Etats-Unis s’est révélé le plus solide soutien de MBS, avec lequel il n’aura pas d’entretien officiel lors de la réunion du G20 en fin de semaine à Buenos Aires mais son entourage n’exclut pas une « rencontre informelle ».

Mike Pompeo a défendu cette décision de maintenir l’alliance « inébranlable » avec Ryad.

« La souffrance au Yémen m’attriste, mais si les Etats-Unis n’étaient pas impliqués au Yémen, ce serait bien pire », a lancé le secrétaire d’Etat aux sénateurs.

« Que se passerait-il si les Etats-Unis se retiraient de l’effort au Yémen? Et bien devinez: la guerre ne cesserait pas » et cela « nuirait considérablement » à la sécurité nationale américaine, a-t-il ajouté, selon les extraits de son intervention diffusés à la presse.

Selon lui, la coalition saoudienne « ne bénéficierait pas de nos conseils et de notre formation pour mieux cibler » ses tirs, « donc davantage de civils trouveraient la mort ».


– « Hors de contrôle » –

L’armée américaine soutient la coalition contre les rebelles Houthis soutenus pour leur part par l’Iran, ennemi commun de Washington et Ryad.

Jim Mattis, selon le texte de sa déclaration devant le Sénat, a relevé que les Etats-Unis avaient « rarement la liberté de travailler avec des partenaires impeccables ».

« L’Arabie saoudite, du fait de sa situation géographique et de la menace iranienne, est fondamentale pour maintenir la sécurité régionale et d’Israël, et nos intérêts dans la stabilité au Proche-Orient », a-t-il souligné.

En mars, une précédente résolution pour mettre fin au soutien militaire américain dans la guerre au Yémen avait échoué de peu au Sénat. Mercredi, plusieurs sénateurs ont affirmé que cette fois, une majorité semblait s’esquisser.

« Le Sénat des Etats-Unis doit impérativement dire aujourd’hui à l’Arabie saoudite et au monde que nous n’allons pas continuer à prendre part à ce désastre humanitaire », a déclaré le sénateur indépendant Bernie Sanders, un des auteurs de la résolution.

Le républicain Bob Corker, patron de la puissante commission des Affaires étrangères, s’est montré aussi enclin à donner un premier feu vert, estimant que le prince héritier saoudien était « hors de contrôle ».

Les Etats-Unis ont indiqué mardi au Conseil de sécurité de l’ONU qu’un projet de résolution appelant à une trêve au Yémen devrait être retardé, en attendant les consultations de paix prévues en Suède début décembre.

Selon des diplomates onusiens, l’émissaire de l’ONU au Yémen Martin Griffiths espère rassembler autour d’une même table le gouvernement yéménite, soutenu par l’Arabie saoudite, et les rebelles Houthis. Ces consultations pourraient débuter dès le 3 décembre.

Selon l’ONU ce conflit, qui a fait depuis 2015 au moins 10.000 morts et selon certaines ONG jusqu’à cinq fois plus, a placé en situation de pré-famine au moins 14 millions de personnes dans le pays, déplacées par les combats.



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