La tension politique entre le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô, dit Al Amine Lô, et son prédécesseur Ousmane Sonko franchit un nouveau palier. Quelques heures après une virulente sortie du président de l’Assemblée nationale et leader de Pastef, le chef du gouvernement a réagi publiquement, rejetant l’idée que le patriotisme puisse être revendiqué par un seul camp politique.
Dans un message publié sur le réseau social X, Al Amine Lô a livré une réponse sans citer nommément Ousmane Sonko. « Chercher à faire du patriotisme le monopole d’un seul camp revient, précisément, à le trahir », a-t-il écrit, accompagnant son propos d’un proverbe en wolof qu’il présente comme une invitation à l’humilité et au dépassement des postures partisanes.
Cette prise de parole constitue la première réponse publique aussi directe du Premier ministre aux critiques de son prédécesseur depuis son entrée en fonction. Jusqu’ici, Al Amine Lô avait observé une certaine réserve institutionnelle dans ses interventions concernant le président de Pastef.
L’échange trouve son origine dans un discours prononcé par Ousmane Sonko, le 12 juillet à Touba, lors de l’inauguration du nouveau siège de Pastef. Devant ses partisans, le président de l’Assemblée nationale a affirmé avoir été informé de propos que le Premier ministre aurait tenus au cours d’une réunion à huis clos.
Selon Ousmane Sonko, Al Amine Lô aurait indiqué que sa priorité était désormais l’amélioration du climat des affaires afin de répondre aux attentes des investisseurs et des partenaires économiques occidentaux. Le leader de Pastef a présenté cette orientation comme une remise en cause des réformes qu’il affirme avoir engagées lorsqu’il dirigeait le gouvernement, notamment dans les secteurs du pétrole, du gaz et des phosphates.
Estimant que cette ligne constituerait une rupture avec les engagements pris devant les Sénégalais, Ousmane Sonko a menacé d’utiliser les prérogatives de l’Assemblée nationale contre le gouvernement.
« Nous allons faire des séries de motions de censure si Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Al Amine Lô ne reculent pas dans cette posture de sabotage », a-t-il déclaré devant les militants de son parti.
Cette nouvelle confrontation s’inscrit dans un climat de relations de plus en plus tendues entre les deux anciens collaborateurs. Ces dernières semaines, les désaccords se sont multipliés autour de la conduite des réformes économiques et de l’orientation de l’action gouvernementale.
Ousmane Sonko avait notamment invité son successeur à « rester un technocrate » et à « se limiter aux chiffres », tandis qu’à sa prise de fonctions, Al Amine Lô avait insisté sur la nécessité de placer « la Patrie et la République au-dessus de toute considération partisane ».
À mesure que les questions économiques et institutionnelles occupent le devant de la scène, ces échanges publics illustrent l’approfondissement des divergences entre les deux responsables politiques et confirment l’existence d’une fracture désormais assumée au sommet de l’État sénégalais.




