La jeunesse sénégalaise doit prendre une place active dans la révolution de l’intelligence artificielle plutôt que de se contenter d’en consommer les produits. C’est le message porté ce mardi par le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, lors de la cérémonie officielle d’installation du Conseil consultatif des Jeunes du Sénégal.
À mesure que le numérique transforme les usages et les modes de vie, l’intelligence artificielle prend une place croissante dans le quotidien, particulièrement chez les jeunes. Pour le chef de l’État, cette évolution ne doit toutefois pas faire de la jeunesse sénégalaise une simple utilisatrice de technologies conçues ailleurs. Elle doit également participer à leur conception et à leur adaptation aux réalités du pays.
« Vous entrez dans un monde qu’aucun ancien n’a vu, et personne ne l’a traversé avant vous. Je vous dois cette franchise. Je peux vous dire ce qu’il faut emporter, mais je ne peux pas vous décrire la route », a déclaré Bassirou Diomaye Faye devant une assemblée largement composée de jeunes venus de différentes localités du Sénégal.
Le président sénégalais décrit un monde dans lequel les machines sont désormais capables d’écrire, de calculer, de traduire, de dessiner ou encore de contribuer au diagnostic. Elles peuvent répondre en quelques secondes à une multitude de questions, dans plusieurs langues, et progressivement dans les langues nationales.
« C’est ce que l’on appelle l’intelligence artificielle, et vous vivez déjà avec elle. Je n’en ai pas peur, et je ne vous demande pas d’en avoir peur », a-t-il lancé.
Mais cette transformation technologique aura aussi des conséquences sur le marché du travail, prévient-il. Certains métiers évolueront, tandis que d’autres pourraient disparaître. Dans le même temps, de nouvelles professions verront le jour, parfois dans des domaines qui ne sont pas encore enseignés dans les établissements scolaires.
« Des métiers vont changer, et certains disparaîtront, parmi lesquels des métiers auxquels vous vous préparez. D’autres vont naître, que nos écoles n’enseignent pas encore, et fort heureusement, c’est vous qui les inventerez », a ajouté le chef de l’État.
Au-delà de l’emploi, Bassirou Diomaye Faye a également mis en garde contre les effets de l’IA sur la perception de la réalité. Une technologie capable d’imiter une voix, de reproduire un visage ou de faire tenir à une personne des propos qu’elle n’a jamais prononcés peut, selon lui, fragiliser davantage la notion de vérité.
Le président estime également que ces technologies ne sont pas totalement neutres, puisqu’elles ont été développées et entraînées dans d’autres environnements linguistiques et culturels.
« Un peuple qui se contente de les consommer confie à d’autres le soin de penser à sa place. Nous avons déjà connu cela, sous un autre nom. Alors je vous le dis sans détour. Je ne veux pas d’une jeunesse sénégalaise cliente de l’intelligence des autres », a-t-il déclaré.
Face à cette évolution, le chef de l’État appelle donc à développer une expertise locale. Il souhaite voir émerger des ingénieurs, des linguistes, des juristes et des entrepreneurs sénégalais capables de concevoir ces technologies, de les adapter aux langues nationales et de les orienter vers les besoins et les valeurs du pays.
Bassirou Diomaye Faye a notamment évoqué le satellite conçu par de jeunes Sénégalais, qui avait été placé en orbite quelques mois auparavant. Il a relié cette avancée technologique à l’héritage intellectuel de Cheikh Anta Diop.
« Cheikh Anta Diop vous voulait armés de science jusqu’aux dents. Il ne pouvait pas imaginer ces machines. Elles lui donnent aujourd’hui raison », a-t-il souligné.
Pour le président sénégalais, l’intelligence artificielle pourra accumuler des connaissances sans pour autant avoir vécu les expériences humaines qui leur donnent leur sens. Une machine pourra ainsi connaître les définitions du courage ou de la parole donnée sans avoir elle-même affronté la peur ou eu à tenir un engagement lorsque celui-ci devient difficile.
Conseil consultatif des Jeunes : une promesse traduite en acte
L’installation du Conseil consultatif des Jeunes constitue également, selon Bassirou Diomaye Faye, la concrétisation d’un engagement pris devant la jeunesse sénégalaise. Le chef de l’État a rappelé son discours du 30 mars à Thiès, au stade Lat-Dior, au cours duquel il avait estimé que la jeunesse était souvent placée au centre des discours publics tout en étant insuffisamment associée aux décisions qui la concernent.
« Aujourd’hui, en plein jour, devant la Nation, pour ses filles comme pour ses fils, la République fait ce que nos anciens faisaient à l’écart. Elle vous prend en aparté. Elle vous dit ce qu’elle sait. Et elle vous remet votre première charge. Cette charge, je vous l’avais promise », a-t-il déclaré.
Cette promesse s’est matérialisée avec la création du Conseil consultatif des Jeunes par le décret du 5 décembre 2025. Sa mise en place officielle donne désormais des visages à cette structure appelée à jouer un rôle consultatif auprès des autorités.
Bassirou Diomaye Faye a insisté sur la portée du terme « consultatif ». Il l’a rapproché d’une tradition de concertation incarnée, dans les communautés sénégalaises, par le « pénc », espace où les décisions étaient discutées collectivement.
« Dans nos contrées, on ne tranchait pas avant d’avoir consulté, discuté. C’est dans le “pénc” que le village décidait. Et dans ce pénc, les jeunes n’étaient pas de simples spectateurs », a-t-il rappelé.
Pour le président de la République, la création de ce Conseil ne constitue donc pas une rupture avec cette tradition de dialogue, mais plutôt sa prolongation dans un contexte profondément transformé.
« La République n’invente rien avec cette installation. Elle renoue un fil », a-t-il affirmé, tout en soulignant que le monde auquel cette nouvelle génération doit désormais se confronter évolue à une vitesse sans précédent.
« Les anciens du “pénc” connaissaient le monde sur lequel ils décidaient. Le vôtre change plus vite que quiconque ne peut le comprendre », a-t-il conclu.




