Malgré l’absence de calendrier officiel pour l’approbation du programme de financement de 2,2 milliards de dollars et le lancement des premiers décaissements, Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI, reste optimiste quant à la conclusion d’un accord entre le Sénégal et ses créanciers.
En marge des assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale, organisées à Bangkok, Kristalina Georgieva a exprimé, le mercredi 14 octobre, son optimisme quant à la capacité des autorités sénégalaises à trouver une issue aux discussions sur la dette publique.
Selon l’Agence Ecofin, qui rapporte ses déclarations, la dirigeante considère le dossier sénégalais comme un test important pour les dispositifs internationaux de restructuration de la dette souveraine. Les échanges avec les principaux créanciers témoigneraient d’une prise de conscience de l’importance de parvenir à une solution.
L’enjeu dépasse le seul cas du Sénégal. Il s’agit également de démontrer que le Cadre commun du G20, mis en place en 2020 pour faciliter la coordination entre créanciers, peut accélérer le traitement des situations de surendettement. Les précédentes restructurations en Zambie et au Ghana illustrent les difficultés auxquelles ce mécanisme doit répondre.
Un programme de 2,2 milliards de dollars suspendu à plusieurs conditions
La situation financière du Sénégal demeure délicate depuis la découverte, en 2024, d’emprunts publics non déclarés par l’administration précédente. La réévaluation de la dette, estimée à environ 130 % du produit intérieur brut en intégrant notamment les entreprises publiques et les garanties de l’État, a fragilisé la confiance des investisseurs et conduit à la suspension d’un précédent programme du FMI.
Le 1er septembre, Dakar et les services du Fonds ont néanmoins conclu un accord préliminaire portant sur un nouveau programme de financement de 2,2 milliards de dollars sur trois ans.
Cette entente ne constitue pas encore une validation définitive. L’approbation du programme reste conditionnée à la correction des données financières erronées et à l’obtention de garanties de financement jugées suffisantes.
Les autorités sénégalaises espèrent obtenir un premier décaissement dès novembre, puis parvenir à un accord de principe avec les créanciers en décembre. Mais, à ce stade, aucune date n’a été officiellement retenue pour l’examen du programme par le conseil d’administration du FMI. La porte-parole de l’institution, Julie Kozack, a confirmé qu’aucun calendrier n’était arrêté.
Dakar propose quatre comités pour accélérer les négociations
Pour faciliter les discussions, le Sénégal souhaite organiser les négociations autour de quatre comités de créanciers travaillant simultanément. Ces instances concerneraient les prêteurs bilatéraux, les détenteurs d’obligations, les banques commerciales et les institutions régionales.
Dakar entend également préserver les emprunts libellés en francs CFA afin d’éviter de déstabiliser le marché financier régional. Cette exigence pourrait toutefois compliquer la recherche d’un compromis, compte tenu des intérêts et des conditions défendus par les différents créanciers.
La durée des négociations constitue une autre source d’incertitude. Selon des informations rapportées par Reuters et reprises par l’Agence Ecofin, une source gouvernementale a indiqué que le Club de Paris aurait évoqué un délai de six à neuf mois pour parvenir à un accord, tout en laissant entendre qu’une conclusion plus rapide restait possible.
Cette estimation n’a cependant pas été confirmée par le Club de Paris. Elle souligne néanmoins le risque de voir les discussions se prolonger au-delà du calendrier espéré par les autorités sénégalaises.
Les créanciers privés mettent en garde contre une réduction du principal
Les investisseurs privés entendent également peser dans les négociations. Un groupe détenant 2,2 milliards de dollars d’obligations sénégalaises, sur un encours total de 5,2 milliards de dollars, a désigné le cabinet Alvarez & Marsal comme conseiller financier. D’après les informations relayées par Reuters et reprises par l’Agence Ecofin, ces détenteurs d’obligations ont averti les autorités sénégalaises qu’une réduction du montant principal à rembourser pourrait considérablement ralentir les discussions.
La confiance exprimée par Kristalina Georgieva offre un signal encourageant au Sénégal, mais elle ne préjuge pas de l’issue des négociations. L’approbation du programme de 2,2 milliards de dollars dépendra encore de la régularisation des données financières, des garanties de financement et d’un compromis avec les créanciers.
Entre l’objectif d’un premier décaissement dès novembre et les délais potentiellement plus longs évoqués dans les discussions, le calendrier reste incertain.




