Touba : Dès les premières heures de la journée, la ville sainte de Touba s’est transformée en un immense lieu de recueillement à l’occasion de la 132ᵉ édition du Grand Magal, commémorant le départ en exil de Cheikh Ahmadou Bamba en 1895. Comme chaque année, des millions de pèlerins ont convergé vers la cité religieuse pour accomplir le ziar, réciter le Coran, et psalmodier les khassaïdes, témoignant d’une ferveur populaire qui ne faiblit pas.
Au cœur de cette mobilisation, les principaux lieux de recueillement ont connu une affluence exceptionnelle. Le mausolée de Serigne Saliou Mbacké, cinquième khalife général des mourides, figurait parmi les sites les plus fréquentés. Hommes et femmes patientaient dans de longues files d’attente, régulées par les forces de sécurité et les membres de Moukhadimatoul Khidma, chargés de veiller au respect des règles de discipline et du caractère sacré des lieux.
Après avoir accédé au mausolée, les fidèles accomplissaient leur ziar en adressant des prières de pardon et de miséricorde à leurs guides spirituels avant d’implorer Dieu pour l’exaucement de leurs vœux. Pour beaucoup, ce pèlerinage constitue un rendez-vous incontournable.
« Je profite du Magal pour visiter le mausolée de mon guide, parce que j’habite à Saint-Louis. Je renouvelle mes prières par la grâce de cet homme de Dieu », confie Serigne Saliou Yate, venu spécialement pour l’occasion.
La même ferveur régnait autour des mausolées de Cheikh Ahmadou Bamba et de Serigne Fallou Mbacké, où l’affluence a parfois rendu l’accès difficile. Certains pèlerins ont toutefois rappelé que l’essentiel résidait dans la prière plutôt que dans la proximité physique avec les lieux saints.
« Le plus important, c’est la prière. On peut prier partout, même chez soi. La présence dans les mausolées reste avant tout symbolique », estime Modou Seck, un fidèle venu de Thiès.
Sur l’esplanade de la Grande Mosquée, les scènes de dévotion se sont multipliées. Coran et recueils de khassaïdes étaient désormais souvent consultés sur téléphone portable, illustrant l’évolution des pratiques sans altérer la profondeur du recueillement. Les prières se sont également poursuivies dans d’autres hauts lieux spirituels de Touba, notamment Daaray Kamil, la Maison du Coran, le cimetière de Bakhiya, la résidence Darou Minam du khalife général des mourides ou encore le siège du dahira Hizbut-Tarqiyyah.
Au-delà de la dimension religieuse, le Grand Magal demeure un puissant moment de solidarité. Les fidèles y perpétuent la tradition des berndés, ces repas généreusement offerts aux pèlerins, aux visiteurs et aux condisciples, dans un esprit de partage hérité de l’enseignement de Cheikh Ahmadou Bamba.
Instituée à Touba en 1947 par Serigne Fallou Mbacké, qui invita les disciples à célébrer ensemble cette commémoration dans la ville sainte, cette tradition s’est perpétuée sous chacun des khalifes généraux des mourides jusqu’à Serigne Mountakha Mbacké. Aujourd’hui encore, près de quatre millions de pèlerins se retrouvent chaque année à Touba pour faire vivre cet héritage spirituel, faisant du Grand Magal l’un des plus importants rassemblements religieux d’Afrique.




