Au Sénégal, la protection sociale en matière de santé entre dans une nouvelle étape. Le gouvernement veut désormais rapprocher les différents mécanismes de couverture maladie afin de construire un système national intégré. L’objectif est de mieux coordonner les dispositifs existants et, à terme, de permettre à chaque citoyen d’accéder aux soins sans que son statut professionnel ou social ne constitue un obstacle.
C’est dans cette perspective qu’un atelier technique s’est ouvert mercredi à Dakar. Les travaux, prévus jusqu’au 4 septembre, sont consacrés à la réforme de la couverture du risque maladie. Ils bénéficient de l’appui de la Banque mondiale et du Bureau international du Travail (BIT). Le coup d’envoi a été donné par le directeur de cabinet du ministère de la Famille, de l’Action sociale et des Solidarités, Dr Amadou Diaw, représentant la ministre Marie Angélique Mamsel Bédiouf.
Autour de la table se retrouvent les principaux acteurs concernés par la protection sociale en santé. Des représentants des ministères et institutions publiques participent aux échanges. Les organismes de couverture maladie, les mutuelles, les assureurs, les partenaires sociaux et les collectivités territoriales sont également présents. Les partenaires techniques et financiers prennent part aux discussions.
Pour les autorités, le moment n’est plus seulement à la réflexion. Il faut désormais traduire les conclusions du dialogue national sur la protection sociale en santé en décisions concrètes. « L’atelier qui s’ouvre ce matin n’est pas un atelier de plus. C’est une étape de décision », a déclaré Dr Amadou Diaw.
Du consensus national à la mise en œuvre
Cette nouvelle séquence prolonge les travaux engagés depuis novembre 2025 avec le dialogue national sur la protection sociale en santé. Les réflexions avaient ensuite été approfondies lors d’un atelier organisé en février 2026.
À Dakar, les participants doivent désormais s’attaquer à trois questions déterminantes. Il s’agit de définir les soins qui doivent être garantis à toute la population, de déterminer comment les financer durablement et de mettre en place un système d’information capable de rendre les droits réellement effectifs.
Les discussions portent notamment sur les premiers résultats de l’étude actuarielle et les projections financières. L’architecture du futur système d’information intégré est également examinée. Les participants travaillent par ailleurs sur le paquet minimum de bénéfices ainsi que sur les conséquences institutionnelles et opérationnelles de la réforme.
Derrière ces différents chantiers se trouve une même ambition : sortir de la fragmentation actuelle pour construire un dispositif plus cohérent et faciliter l’accès aux prestations.
Déterminer les soins réellement garantis
La définition du futur paquet de soins constitue l’un des dossiers les plus sensibles de la rencontre. Pour les autorités, l’enjeu dépasse largement la constitution d’une liste de prestations médicales.
Il faudra déterminer concrètement ce que l’État entend garantir à chaque citoyen. Cette définition devra tenir compte des besoins sanitaires de la population, des capacités du système de soins et de la nécessité de limiter le poids des dépenses médicales sur les familles.
« Définir ce paquet de soins, ce n’est pas établir une simple liste de prestations », a expliqué Dr Diaw. Il s’agit plutôt de répondre à une question centrale : « quel niveau de soins notre pays s’engage-t-il à garantir effectivement à chaque personne, quel que soit son statut ? »
Le gouvernement devra donc trouver un équilibre entre l’ambition sociale de la réforme et les capacités financières du pays. « Ce que nous garantissons doit pouvoir être financé. Ce que nous finançons doit répondre aux besoins réels des populations », a insisté le directeur de cabinet.
La question du financement apparaît ainsi comme l’une des conditions essentielles de la réussite du projet. L’extension des droits devra être accompagnée de ressources suffisantes pour éviter la création d’engagements impossibles à maintenir dans la durée.
Un système numérique pour sécuriser les droits
Le futur système d’information intégré constitue un autre élément central du dispositif. Pour les autorités, il doit permettre de mieux identifier les bénéficiaires, suivre leurs droits et améliorer la gestion des prestations.
L’outil doit également fournir des données fiables pour permettre aux responsables de piloter efficacement le système. « Sans information fiable, pas de droits bien suivis. Sans suivi, pas de pilotage efficace. Sans pilotage, pas de réforme durable », a résumé Dr Amadou Diaw.
Les travaux doivent donc permettre d’établir un diagnostic commun des systèmes actuellement disponibles. Les participants devront ensuite définir l’architecture cible et les priorités nécessaires à son déploiement. Pour le ministère, les différents chantiers sont étroitement liés. Le paquet de soins, le financement, l’organisation institutionnelle et le système d’information devront évoluer de manière coordonnée pour permettre à la réforme d’aboutir.
Le Code de la sécurité sociale pour accompagner le changement
La réforme intervient également dans un contexte marqué par l’adoption du Code de la sécurité sociale. Les autorités présentent ce nouveau cadre juridique comme une étape importante dans la modernisation de la protection sociale.
Le dispositif élargit notamment la perspective de couverture aux travailleurs indépendants et aux acteurs de l’économie informelle. Il affirme également plusieurs principes, dont l’universalité, la solidarité, la non-discrimination et l’affiliation obligatoire.
L’objectif affiché est de faire évoluer le système vers une protection contre le risque maladie moins dépendante de la situation professionnelle ou du statut de l’assuré.
Cette ambition entraîne toutefois de nouvelles exigences. Le Sénégal devra notamment répondre aux questions liées au financement, à la gouvernance et à l’organisation des différents régimes. La coordination entre les acteurs constituera également un enjeu majeur.
Une réforme qui touche directement les ménages
Derrière les débats techniques et institutionnels, le projet porte une préoccupation essentiellement sociale : mieux protéger les familles contre les dépenses de santé.
Une maladie peut rapidement devenir une lourde charge financière lorsque les soins sont coûteux ou que les mécanismes de couverture ne permettent pas une prise en charge suffisante. Le gouvernement veut donc faire évoluer le système vers un modèle plus intégré, solidaire et prévisible.
L’ambition est de mieux définir les droits des assurés et surtout de garantir leur suivi effectif. « Notre responsabilité est collective : transformer une ambition nationale en droit effectif ; transformer un consensus en décision ; et transformer les décisions en résultats pour les populations », a déclaré Dr Amadou Diaw.
Des décisions attendues au terme de l’atelier
Pendant trois jours, les participants doivent alterner présentations techniques, travaux en groupes restreints, restitutions et séances de validation en plénière. Les trois groupes de travail constitués lors des précédentes étapes du dialogue national continueront leurs travaux. Cette organisation doit permettre de préserver la continuité du processus engagé depuis 2025.
À l’issue de la rencontre, le gouvernement espère disposer d’orientations validées et d’hypothèses financières suffisamment solides. Il veut également clarifier les priorités et améliorer l’articulation entre les différents volets de la réforme.
Une feuille de route actualisée doit ensuite préciser les décisions à prendre, les responsabilités des acteurs, les échéances et les moyens nécessaires. La Banque mondiale et le BIT accompagnent cette démarche, notamment à travers l’Accélérateur mondial sur l’emploi et la protection sociale pour des transitions justes.
Le Sénégal cherche ainsi à franchir une nouvelle étape vers une couverture maladie plus universelle. Mais l’enjeu sera désormais de transformer les principes annoncés en mécanismes réellement opérationnels. La réussite de la réforme dépendra autant de sa capacité à élargir les droits que de la possibilité de les financer et de les garantir durablement.




