Le Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (Giaba) change de directeur général, mais entend maintenir le cap engagé ces dernières années. Le Gambien Mam Cherno Jallow a officiellement pris ses fonctions lundi 31 août 2026 à Dakar, à l’issue d’une cérémonie de passation de services avec son prédécesseur, Edwin W. Harris Jr.
Nommé pour un mandat de quatre ans par la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la Cedeao, Mam Cherno Jallow arrive à la tête d’une institution qui sort de quatre années de réformes. Son prédécesseur, le Libérien Edwin W. Harris Jr, a notamment piloté une importante phase de restructuration et de renforcement du fonctionnement interne du Giaba. La nomination de Mam Cherno Jallow avait été actée lors de la 69e session ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la Cedeao, tenue le 19 juillet 2026 à Lungi, en Sierra Leone.
Le nouveau directeur général connaît déjà les rouages de l’institution. Économiste financier disposant de plus de 35 années d’expérience, il est notamment titulaire d’un MBA en banque et finances du Cesag de Dakar. Il avait rejoint le Giaba en 2022 comme chef de la Planification stratégique et de la mobilisation des ressources, avant d’occuper, deux ans plus tard, le poste de directeur de l’Administration et des finances par intérim.
Cette expérience interne devrait lui permettre d’assurer une certaine continuité dans la conduite de l’institution, tout en ouvrant une nouvelle étape dans son développement.
Un bilan marqué par la restructuration
Lors de la cérémonie de passation, Edwin W. Harris Jr a rappelé les principaux chantiers engagés durant son mandat. À son arrivée, le Giaba était notamment engagé dans un programme d’amélioration de son efficacité imposé par le Groupe d’action financière (Gafi).
Dans le même temps, plusieurs États membres, dont le Sénégal, le Burkina Faso, le Mali et le Nigeria, faisaient face aux conséquences de leur inscription sur la liste grise du Gafi. Selon le directeur général sortant, les quatre années de son mandat ont permis de « réajuster, réorganiser, revitaliser et repositionner » le Giaba. Il a notamment cité l’amélioration des résultats d’audit, passés d’une absence d’assurance à une assurance raisonnable. Les taux d’exécution budgétaire ont également progressé.
L’institution aurait par ailleurs renforcé ses effectifs. Le Secrétariat, confronté auparavant au sous-effectif et à une importante charge de travail, dispose désormais de ressources humaines jugées plus adaptées à ses missions.
Cette évolution a également été saluée par le président de la Centif-Sénégal et correspondant national du Giaba, Cheikh Mouhamadou Bamba Siby. Dans son témoignage, il a estimé qu’Edwin W. Harris Jr laisse une institution « plus outillée et mieux préparée » face aux défis auxquels la région est confrontée. Le responsable sénégalais a notamment souligné le travail réalisé auprès des pays inscrits sur la liste grise du Gafi, le renforcement des capacités des États membres et le lancement du troisième cycle des évaluations mutuelles.
Le Sénégal constitue d’ailleurs l’un des dossiers actuellement suivis par le Giaba. Le pays a accueilli, du 10 au 28 août 2026, une mission d’évaluation composée d’experts de l’institution régionale.
De la conformité à l’efficacité opérationnelle
Pour Mam Cherno Jallow, le changement de direction ne doit pas signifier une rupture. Son ambition est plutôt de consolider les acquis et d’améliorer l’efficacité des dispositifs nationaux.
Le renforcement des capacités techniques et financières des États membres devrait ainsi occuper une place centrale durant son mandat. L’enjeu est notamment d’aider les pays de la région à mieux détecter les flux financiers suspects, à identifier les ressources provenant d’activités criminelles et à renforcer leurs mécanismes de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.
Cette mission intervient dans un environnement où les formes de criminalité financière deviennent de plus en plus complexes. Corruption, trafic de drogue, criminalité transnationale et financement du terrorisme s’appuient désormais sur des réseaux financiers sophistiqués, souvent répartis sur plusieurs territoires.
Le nouveau directeur général devra également accompagner les États membres dans le troisième cycle des évaluations mutuelles. L’objectif affiché est de dépasser une simple conformité aux normes internationales pour parvenir à une efficacité réelle des dispositifs de lutte contre les flux financiers illicites.
À Dakar, la passation de services marque donc moins une rupture qu’une nouvelle étape. Edwin W. Harris Jr quitte une institution qu’il considère renforcée après quatre années de réformes. Mam Cherno Jallow hérite désormais de la responsabilité de préserver ces acquis et de les traduire en résultats durables. Pour le Giaba, le défi est désormais clair : renforcer la capacité des États ouest-africains à combattre efficacement les flux financiers illicites, alors que ceux-ci constituent à la fois une menace économique, financière et sécuritaire pour la région.




