L’émigration clandestine a une nouvelle fois tourné au drame au large des côtes ouest-africaines. Vingt-huit passagers ont perdu la vie après la collision de leur pirogue avec un navire marchand turc. Quatorze Sénégalais ont toutefois été secourus avant d’être débarqués à Nouadhibou, en Mauritanie, puis transférés à Rosso pour les besoins de l’enquête.
La pirogue avait quitté Katou, en Gambie, dans la nuit du 8 septembre 2026. À son bord se trouvaient plusieurs dizaines de candidats au voyage vers l’Europe, de différentes nationalités. Parmi eux figuraient de nombreux Sénégalais qui espéraient rejoindre clandestinement les îles Canaries.
Après six jours en mer, la situation s’est fortement dégradée. Les réserves d’eau potable étaient épuisées et les occupants se trouvaient en situation de détresse. Selon les éléments rapportés après le drame, l’organisateur du voyage, Bara Guèye, se trouvait lui-même à bord.
Dans l’espoir d’obtenir de l’aide, l’équipage aurait alors tenté de s’approcher d’un navire commercial turc qui naviguait dans la zone. L’objectif était notamment de solliciter des vivres et de l’eau.La manœuvre a finalement provoqué la collision entre les deux embarcations. Une mauvaise manipulation du moteur hors-bord aurait entraîné la pirogue contre le flanc du navire marchand. Son câble d’amarrage s’est ensuite accroché à la structure en bois de l’embarcation, qui a été entraînée sous l’effet de la traction.
Le naufrage a fait 28 morts. Le navire turc a néanmoins réussi à récupérer 14 ressortissants sénégalais, dont un mineur, ainsi que Bara Guèye, présenté comme le principal convoyeur de l’expédition.
Parmi les victimes sénégalaises identifiées par le convoyeur figurent B. M. Fall et D. Fall, originaires de Touba. B. O. Guèye et N. Pouye étaient également domiciliés dans la ville. Y. Guèye venait de Ndiayène Waly, tandis que M. Diop était originaire de Mbour. N. Diop résidait pour sa part à Ngaye Méckhé ou Kébémer.
Après leur sauvetage, les survivants ont été conduits jusqu’au port de Nouadhibou par l’équipage du navire turc. Ils ont ensuite été remis aux policiers de l’antenne de la Division nationale de lutte contre le trafic de migrants et pratiques assimilées (Dnlt) à Rosso.
Les quatorze survivants et le convoyeur doivent faire l’objet d’auditions dans le cadre de la procédure engagée après le naufrage. Le drame remet ainsi en lumière les risques auxquels s’exposent les candidats aux traversées clandestines de l’Atlantique.
Le cas de Bara Guèye attire également l’attention des enquêteurs. Selon les éléments recueillis après son interpellation, il faisait l’objet de recherches depuis 2020 pour son implication présumée dans l’organisation de plusieurs convois maritimes illégaux.
Le convoyeur aurait expliqué aux enquêteurs qu’il accompagnait lui-même certains groupes jusqu’aux côtes espagnoles avant de revenir au Sénégal pour organiser d’autres traversées payantes.
Lors de son audition par les officiers de police judiciaire de la Dnlt, Bara Guèye aurait également évoqué une précédente traversée organisée en 2023. Sur les 101 candidats embarqués, son propre parent, Ibrahima Guèye, alias Papito Kara, aurait trouvé la mort en mer, avec un ressortissant guinéen et un Gambien, après avoir été victime du froid. Les trois corps auraient ensuite été rejetés à la mer par l’équipage.
Le nouveau naufrage vient ainsi rappeler, par son lourd bilan humain, les dangers liés aux traversées clandestines de l’Atlantique. Pour les survivants rapatriés vers Rosso, l’expédition vers les Canaries s’est achevée par une prise en charge judiciaire, tandis que 28 autres passagers ont perdu la vie en mer.




