Le bras de fer autour des finances publiques sénégalaises a franchi un nouveau cap. Réunis en séance plénière ce mardi 3 novembre, les députés ont rejeté le projet de loi de finances rectificative (LFR) pour l’exercice 2026. Une décision qui intervient après plusieurs tentatives infructueuses d’examen du texte en commission et dans un contexte de tensions entre le pouvoir exécutif et sa majorité parlementaire.
Sur les 132 députés ayant participé au scrutin, 109 ont voté en faveur de l’adoption d’une question préalable présentée par Amadou Bâ, député de la majorité. Vingt élus s’y sont opposés, tandis que trois se sont abstenus. Cette procédure ayant pour effet de mettre fin à la délibération sur le projet, la LFR 2026 a ainsi été rejetée par l’Assemblée nationale.
Ce dénouement intervient après deux rejets successifs du texte par la Commission des Finances et du Contrôle budgétaire, les 23 et 30 octobre. Entre ces deux épisodes, le gouvernement avait obtenu, le 27 octobre, le renvoi du projet en commission, à la demande du ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba. L’objectif était de poursuivre les discussions avec les parlementaires et de tenter de trouver un terrain d’entente. Ces échanges n’ont finalement pas permis de rapprocher les positions.
Déposé à l’Assemblée nationale le 18 septembre, le projet de loi révisait sensiblement les équilibres budgétaires de l’État. Les recettes devaient passer de 6 188,8 milliards à 5 848,7 milliards de FCFA, tandis que les dépenses étaient réévaluées à 7 583,9 milliards, contre 7 433,9 milliards initialement inscrits. Le déficit budgétaire devait ainsi atteindre 1 735,2 milliards de FCFA, soit 7,6 % du produit intérieur brut (PIB), contre 5,4 % dans la loi de finances initiale.
Parmi les principales mesures envisagées figurait une augmentation de 540,3 milliards de FCFA des subventions énergétiques, portant leur enveloppe totale à 790,3 milliards. En parallèle, les crédits destinés aux investissements devaient subir une réduction de 555 milliards de FCFA.
Pour l’exécutif, cette révision budgétaire devait permettre d’adapter les finances publiques à la baisse des recettes et à la progression de certaines dépenses jugées prioritaires. Dans un communiqué publié le 31 octobre, le ministère de l’Économie, des Finances et du Plan avait notamment alerté sur les risques liés à une prolongation de l’incertitude budgétaire. Selon le ministère, une telle situation pourrait compromettre la mobilisation des financements nécessaires pour 2026 et accentuer les tensions sur la trésorerie de l’État.
Le rejet du texte intervient ainsi dans une période délicate pour les finances publiques sénégalaises. Le pays doit composer avec des marges de manœuvre budgétaires réduites, des difficultés d’accès aux marchés financiers et des négociations toujours en cours avec le Fonds monétaire international (FMI).
Au-delà des enjeux financiers, cet épisode parlementaire se déroule sur fond de recomposition politique. Les tensions entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, ancien Premier ministre et dirigeant de Pastef, se sont accentuées depuis la fin des fonctions de ce dernier, le 22 mai 2026. Le parti Pastef n’a pas rejoint le nouveau gouvernement, mais conserve sa majorité à l’Assemblée nationale.
De son côté, le président Faye a lancé, le 25 juillet à Dakar, le parti Kiiraay – Les Patriotes républicains, issu de la transformation de la coalition « Diomaye Président ». Le rejet de la LFR 2026 illustre ainsi les difficultés de l’exécutif à faire adopter sa révision budgétaire dans un paysage politique marqué par des rapports de force désormais plus complexes.




