La découverte de deux téléphones portables dans la cellule du député Mouhamadou Ngom, dit Farba, déclenche une nouvelle enquête judiciaire aux lourdes implications politiques et pénales.
La garde des Sceaux, ministre de la Justice, Yassine Fall, a annoncé mardi à Dakar l’ouverture d’une procédure judiciaire visant le député Mouhamadou Ngom, plus connu sous le nom de Farba. Cette enquête porte sur des soupçons de « trouble à l’intégrité de la justice et à l’ordre public », après la découverte de deux téléphones portables dans sa cellule de détention.
Lors d’une conférence de presse, Mme Fall a mis en cause l’élu, également maire d’une commune de la région de Matam, pour « diffusion de documents judiciaires confidentiels », « partage de contenus à caractère pornographique » et « échanges liés à des manœuvres politiques susceptibles de perturber l’ordre public ». Selon la ministre de la Justice, le député était incarcéré dans une cellule destinée aux détenus malades, à Dakar.
Malgré cette situation, Mouhamadou Ngom disposait de deux téléphones portables grâce auxquels il a reçu des centaines d’appels et de messages émanant de responsables politiques, de journalistes et d’avocats, dont trois anciens ministres, a précisé Yassine Fall. La garde des Sceaux estime que ces communications constituent une violation manifeste des règles en vigueur.
Toujours selon la ministre, M. Ngom a entretenu, à l’aide de ces appareils, des échanges avec « des acteurs politiques, des avocats et des professionnels des médias », mais aussi avec des interlocuteurs situés « aux États-Unis, en Autriche, au Maroc, au Mali et au Bangladesh ».
L’analyse des téléphones saisis a également permis de découvrir que le détenu détenait « des documents judiciaires confidentiels, notamment des procès-verbaux, ainsi que des contenus à caractère pornographique », a ajouté Mme Fall.
« Ces faits particulièrement graves constituent une infraction au règlement intérieur des établissements pénitentiaires », a-t-elle soutenu.
Blanchiment de capitaux
Yassine Fall a en outre indiqué que la présence de ces documents et de ces équipements dans la cellule de Mouhamadou Ngom ne confirmerait pas l’argument avancé par ses avocats, selon lequel son état de santé serait incompatible avec la détention.
L’enquête ouverte vise à déterminer les responsabilités de l’intéressé concernant l’ensemble de ces faits, a-t-elle précisé. Pour rappel, Mouhamadou Ngom, dont l’immunité parlementaire a été levée par l’Assemblée nationale le 24 janvier 2025, est poursuivi pour blanchiment de capitaux. Les faits qui lui sont reprochés porteraient sur un montant de 125 milliards de francs CFA, selon le Pool judiciaire financier (PJF).
Il est sous mandat de dépôt depuis le 27 février 2025, à la suite d’une seconde comparution devant le collège des juges d’instruction du PJF. Le député est également une figure influente de l’Alliance pour la République, l’ancien parti au pouvoir fondé par l’ex-président Macky Sall.
Contacté par l’APS, Me El Hadji Amadou Sall, l’un de ses avocats et ancien ministre de la Justice, a annoncé la tenue prochaine d’une conférence de presse pour répondre aux accusations formulées par la ministre de la Justice, sans toutefois en préciser la date.




