L’affaire a commencé par une série d’anomalies financières repérées dans les stations du Bus Rapid Transit (BRT) à Dakar. Au cœur des soupçons, une agente de vente de Dakar Mobilité SA, identifiée comme A. Taha, a été déférée au parquet par la Division des investigations criminelles (DIC) pour des faits présumés de détournement de deniers publics.
La société, contrôlée par Meridiam et Fonsis, avait saisi les enquêteurs après avoir constaté des écarts récurrents entre les titres vendus et les recettes enregistrées. Employée depuis 2024, A. Taha était notamment chargée de vendre les tickets aux voyageurs à travers Kubapay, une plateforme numérique conçue pour enregistrer en temps réel les ventes et les sommes encaissées. Mais selon les éléments recueillis au cours de l’enquête, l’agente aurait exploité une faille dans le fonctionnement de cet outil pour mettre en place un système lui permettant de dissimuler une partie des recettes.
Le procédé reposait sur l’ouverture simultanée de plusieurs sessions de vente avec ses identifiants. À la fin de son service, elle ne déclarait ensuite que les montants issus de certaines sessions. Les autres restaient volontairement ouvertes et les recettes correspondantes n’étaient ainsi pas intégrées aux comptes officiellement déclarés. Répétée au fil du temps, cette méthode aurait permis de soustraire plus de 16 millions de FCFA.
Interpellée par les enquêteurs et confrontée aux écarts constatés, A. Taha a reconnu l’existence des anomalies financières, tout en affirmant ne pas en connaître précisément l’origine. Elle a toutefois admis que les opérations concernées étaient liées à l’utilisation de ses identifiants personnels. Face au préjudice, elle aurait alors proposé de rembourser les sommes en cause. L’agente s’est notamment déclarée prête à travailler sans salaire pour Dakar Mobilité jusqu’au remboursement intégral de la dette ou à effectuer des versements échelonnés avec l’appui de sa famille.
Cette proposition n’a toutefois pas empêché sa présentation devant la justice. Les investigations se poursuivent désormais afin de déterminer si d’autres personnes ont participé au mécanisme présumé ou si des faits similaires pourraient être établis. Au-delà du cas individuel, cette affaire met en lumière les enjeux liés au contrôle des transactions numériques dans les entreprises exploitant des plateformes de paiement. Elle soulève notamment la question de la capacité des dispositifs internes à détecter rapidement les anomalies et à empêcher la dissimulation de recettes dans des systèmes informatisés.




