Le bras de fer institutionnel se poursuit au Sénégal. Le Mardi 25 août 2026, le Conseil constitutionnel a déclaré irrecevable la proposition de loi adoptée par l’Assemblée nationale pour encadrer les fonds spéciaux, ces crédits communément appelés « caisses noires » et utilisables sans justification.
La juridiction avait été saisie le 18 août par le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lo. Le chef du Gouvernement contestait la possibilité pour les députés d’intervenir dans un domaine qu’il considère comme relevant du pouvoir réglementaire.
Dans sa décision, le Conseil constitutionnel estime que la gestion de ces crédits appartient exclusivement au pouvoir exécutif. Il considère également que le législateur ne peut lui imposer un mécanisme de contrôle sur l’utilisation de ces fonds. Cette position met ainsi un coup d’arrêt au texte voté par une Assemblée nationale largement dominée par les députés de Pastef.
Derrière cette bataille juridique se joue aussi un affrontement politique devenu de plus en plus visible. La proposition de loi avait été défendue par Ousmane Sonko, aujourd’hui président de l’Assemblée nationale, qui souhaitait notamment obtenir davantage de transparence sur les fonds spéciaux logés à la présidence de la République. Le texte était ainsi rapidement devenu un nouvel épisode de la rupture entre Sonko et le président Bassirou Diomaye Faye. Les deux hommes, autrefois alliés au sein du même projet politique, ont rompu leurs liens politiques en mai dernier.
La décision du Conseil constitutionnel intervient par ailleurs à quelques jours d’une autre échéance politique majeure. Le 1er septembre, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lo doit présenter sa Déclaration de politique générale devant une Assemblée nationale où le camp d’Ousmane Sonko dispose d’une forte influence. Le rejet de cette proposition de loi intervient donc dans un climat institutionnel déjà tendu entre l’exécutif et le Parlement.
Il s’agit également du deuxième texte adopté par les députés à être invalidé par le Conseil constitutionnel en un peu plus d’un mois. Le 9 juillet dernier, les sept Sages avaient déjà censuré une réforme visant à modifier l’équilibre des pouvoirs entre l’exécutif et le législatif. La nouvelle décision confirme ainsi les tensions persistantes autour de la répartition des prérogatives entre les différentes institutions sénégalaises.




